TikTok
| Créateur | ByteDance |
|---|---|
| Développé par | Beijing Microbroadcast Vision Technology (d) |
| PremiĂšre version | |
| DerniĂšre version | 40.5.3 () |
| Environnement | Android, iOS, Windows |
| Langues | Multilingue |
| Type |
Service de réseau social Site d'hébergement de vidéos Communauté en ligne TrÚs grande plateforme (en) |
| Politique de distribution | Gratuiciel |
| Licence | Licence propriétaire |
| Site web | www.tiktok.com |
TikTok est un rĂ©seau social lancĂ© en oĂč de nombreux influenceurs et crĂ©ateurs de contenu plus ou moins notoires publient des vidĂ©os courtes au format vertical. DĂ©veloppĂ©e par l'entreprise chinoise ByteDance pour le marchĂ© non chinois, l'application accessible en Chine est dĂ©nommĂ©e Douyin conçue sĂ©parĂ©ment pour respecter les rĂ©gulations locales sur les donnĂ©es (chinois : æéłÂ ; pinyin :  ; litt. « vibrato » ou « note vibrante »)[1],[2],[3]. Elle est rapidement devenue la plus populaire chez les jeunes internautes, atteignant selon la plate-forme environ un milliard de comptes mensuels actifs (UMA) au troisiĂšme trimestre 2021[4] et 22 millions de comptes actifs mensuels en France en 2023[5] principalement chez les 15-25 ans. En 2023, c'est le troisiĂšme rĂ©seau social en nombre de comptes actifs, derriĂšre Instagram (2e) et Facebook (1er).
Il est reprochĂ© Ă TikTok un algorithme de flux (appelĂ© aussi #fyp, pour For You Page) favorisant une addiction de l'usager (enfants notamment), via une « exposition sĂ©lective » et l'homophilie, qui, selon certaines analyses, pourraient favoriser la polarisation de groupe. Il lui est Ă©galement reprochĂ© d'ĂȘtre un vecteur de dĂ©sinformation et de manipulation idĂ©ologique[6],[7],[8], et d'avoir Ă©tĂ© le support privilĂ©giĂ© pour diverses ingĂ©rences Ă©trangĂšres[9],[10],[11]. Selon un sondage menĂ© par le Think tank Destin Commun (mai 2024), les Français ont conscience des dangers des rĂ©seaux sociaux ânotamment pour les enfants, ces rĂ©seaux Ă©tant jugĂ©s dangereux pour eux par 80 % des rĂ©pondants â et appellent massivement Ă un contrĂŽle accru des autoritĂ©s publiques sur ces plateformes, avec mĂȘme un soutien fort Ă l'idĂ©e de supprimer TikTok alors que YouTube et WhatsApp sont perçus plus positivement.
TikTok a été examiné de prÚs en raison de violations de la protection des données, de préoccupations relatives à la santé mentale et physique (des enfants et jeunes notamment), de la désinformation, de contenus offensants et de son rÎle pendant la guerre à Gaza[12]. Certains pays ont infligé des amendes, interdit ou restreint TikTok pour protéger les enfants ou en raison de préoccupations relatives à la sécurité nationale concernant une possible collecte de données des utilisateurs par le gouvernement chinois via ByteDance[13].
Historique
2016-2017 : création

ByteDance, entreprise de technologie numérique fondée en 2012 par Zhang Yiming et domiciliée à Pékin, lance en Douyin, une application mobile de partage de vidéos courtes pour le marché chinois[14],[15]. En 2017, ByteDance lance TikTok, la version de Douyin pour les marchés situés hors de Chine. Les deux applications sont trÚs similaires mais fonctionnent sur des serveurs différents et ont des contenus différents, afin de respecter les exigences de la censure d'Internet en république populaire de Chine et le Grand Firewall. Ainsi, TikTok n'est pas accessible en Chine, tandis que Douyin n'est présent que sur les magasins d'application chinois[16].
2017-2018Â : acquisition de Musical.ly et expansion

Le , ByteDance acquiert la plateforme chinoise de vidéos concurrente Musical.ly, clone de l'application Mindie[17], pour prÚs d'un milliard de dollars américains[18]. Le , l'entreprise fusionne les deux applications, tout en conservant le nom de TikTok[19]. Cette fusion, notamment le nom TikTok et les campagnes publicitaires sur YouTube et Snapchat, est critiquée par des utilisateurs francophones. Cependant, l'ex-communauté francophone de Musical.ly adopte trÚs vite la nouvelle plateforme[14].
TikTok devient le principal service de partage de vidéos en Asie, et l'application est au début des années 2020 considérée comme celle ayant la plus forte croissance tous pays confondus (depuis dépassée par ChatGPT). Elle est l'application de partage de clips qui rassemble la plus grande communauté[20],[21]. En , TikTok atteint les 150 millions d'utilisateurs actifs quotidiens (pour 500 millions d'utilisateurs actifs mensuellement)[22],[23]. Au cours du premier trimestre de l'année 2018, elle est la premiÚre application mobile en nombre de téléchargements (45,8 millions selon des estimations)[24].
2019
En , TikTok est condamnĂ©e aux Ătats-Unis Ă une amende de 5,7 millions de dollars par la Commission fĂ©dĂ©rale du commerce (FTC) pour avoir collectĂ© illĂ©galement des donnĂ©es privĂ©es et laissĂ© publiques les donnĂ©es d'enfants de moins de 13 ans[25]. Cette sanction pousse le Bureau de la commissaire Ă l'information (ICO) du Royaume-Uni Ă ouvrir une enquĂȘte sur la protection des enfants sur la plateforme[26]. Ă la suite de ses soucis rĂšglementaires et des controverses sur ses liens avec l'Ătat chinois, TikTok engage du personnel pour faire du lobbying aux Ătats-Unis[27],[28],[29] ainsi qu'en Europe[30], oĂč l'action est vue comme proactive, l'entreprise n'ayant pas eu de problĂšmes significatifs.
Fin 2019, avec plus d'un milliard d'utilisateurs, TikTok est la 3e application la plus téléchargée au monde sur smartphone[31], particuliÚrement des adolescents, et est le seul réseau social aussi populaire à l'Est qu'à l'Ouest[32].
2020
En , l'application atteint les huit cents millions d'utilisateurs actifs par mois, chiffre qui se rapproche d'un milliard fin . L'application devient la plus téléchargée au monde, devant Facebook[33], dépassant Google (en nombre de consultations) en 2021[34] ; à la 7e place selon Cloudflare et en 1re place durant les vacances d'août 2021[35]. Les périodes de confinement observées lors de la pandémie de Covid-19, en début d'année 2020 dans presque tous les pays du monde sont vues comme favorisant ce bond[15],[36]. TikTok égalerait ainsi Instagram, qui avait atteint un milliard d'utilisateurs actifs par mois selon ses derniers chiffres de [37].
En , l'application, qui cherchait un directeur général américain[38], nomme Kevin Mayer (en), alors directeur de la vidéo à la demande chez Disney[39]. Mayer prend également le poste de directeur des opérations de ByteDance. TikTok a des bureaux à travers le monde, notamment à Los Angeles, New York, Londres, Paris, Berlin, Dubaï, Bombay, Singapour, Jakarta, Séoul et Tokyo[40]. En , la maison-mÚre ByteDance employait 60 000 personnes, et déclarait en vouloir atteindre les 100 000 employés avant la fin de l'année. à l'époque, le réseau social professionnel LinkedIn affichait plus de 4 600 salariés de TikTok[41].
En , peu aprÚs un affrontement militaire meurtrier entre la Chine et l'Inde à la frontiÚre indo-chinoise, l'application est placée dans une liste de 59 applications chinoises interdites en Inde, son premier marché avec 158 millions d'utilisateurs. La décision est prise pour assurer « la sécurité et la souveraineté du cyberespace indien », l'application étant accusée de « voler et transmettre clandestinement » les données des internautes indiens sur des serveurs situés hors du territoire[42],[43].
Ă la suite de cette interdiction et face Ă la possibilitĂ© d'une interdiction aux Ătats-Unis, les directions de TikTok et de sa sociĂ©tĂ© mĂšre ByteDance rĂ©flĂ©chissent Ă la crĂ©ation d'un siĂšge social hors de Chine pour l'entreprise, et d'un conseil d'administration dĂ©diĂ© moins liĂ© Ă ByteDance[44],[45]. Ă Hong Kong, aprĂšs l'introduction d'une loi sur la sĂ©curitĂ© nationale, TikTok est rendu inaccessible par ByteDance qui cite « les Ă©vĂšnements rĂ©cents », tout en laissant accessible la version chinoise de l'application, Douyin[46].
Le , TikTok annonce un premier data center européen, en Irlande (420 millions d'euros)[47]. Le , l'Américain Kevin Mayer, le directeur général de TikTok (et directeur des opérations de ByteDance depuis ), annonce démissionner, citant un changement du contexte politique. Cette décision est qualifiée de coup dur pour TikTok[48].
AprĂšs l'annonce du gouvernement amĂ©ricain d'interdire TikTok aux Ătats-Unis s'il ne trouve pas un repreneur amĂ©ricain au , Microsoft propose Ă ByteDance de reprendre les marchĂ©s amĂ©ricains, canadiens, nĂ©ozĂ©landais et australien de la plateforme[48], offre refusĂ©e en par ByteDance[49], au profit de celle d'Oracle qui prendra une participation dans les opĂ©rations amĂ©ricaines de TikTok en servant d'intermĂ©diaire technique et de confiance dans la gestion des donnĂ©es utilisateurs[50]. Cet accord est rejetĂ© le par le gouvernement amĂ©ricain, qui interdit le tĂ©lĂ©chargement de l'application aux Ătats-Unis Ă partir du et bloque l'application WeChat[51]. Le , le gouvernement amĂ©ricain approuve l'accord avec Oracle et avec Walmart et reporte l'interdiction de tĂ©lĂ©chargement de TikTok au [52].
En , TikTok signe un partenariat avec Sony afin de donner la possibilité aux utilisateurs d'utiliser les musiques de milliers d'artistes[53].
2021 - 2022
Le 30 avril 2021, la maison-mÚre ByteDance nomme Shou Zi Chew (déjà directeur financier de ByteDance) comme Directeur général de TikTok[54].
Le 3 septembre 2022, le groupe de hackers AgainstTheWest dit avoir piraté TikTok et récupéré 2 milliards de lignes de données (790 Go). TikTok dément toute faille de sécurité[55].
En 2022, TikTok cherche Ă se rapprocher du monde du cinĂ©ma en finançant un prix du film court (#TikTokShortFilm) en marge du Festival de Cannes, avec remise des prix le 20 mai 2022, avant d'annoncer en juin lancer "TikTok AcadĂ©mie des CrĂ©ateurs" avec l'Ăcole nationale supĂ©rieure Louis-LumiĂšre (trois semaines d'ateliers de formation/rĂ©alisation de films courts et verticaux, ouvert Ă 12 crĂ©ateurs)[56].
Depuis 2023Â : blocages et menaces de blocage aux Ătats-Unis et en Europe
Le 23 fĂ©vrier 2023, la Commission europĂ©enne interdit l'application Ă son personnel[57]. Fin fĂ©vrier 2023, face aux risques d'espionnage, l'administration fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine interdit Ă ses employĂ©s de possĂ©der et utiliser l'application sur leur lieu de travail[58], puis le gouvernement canadien fait de mĂȘme pour ses fonctionnaires[59], suivi par la France qui bannit TikTok des smartphones de ses fonctionnaires[60].
En fĂ©vrier 2024, alors que 134 millions de personnes en Europe consultent TikTok au moins une fois par mois, la Commission europĂ©enne ouvre une enquĂȘte pour vĂ©rifier si et comment le rĂ©seau social veille Ă la protection de la vie privĂ©e des mineurs, et Ă leur protection contre l'exposition Ă des contenus jugĂ©s inappropriĂ©s, et plus largement sur la transparence des publicitĂ©s et sur l'accĂšs des chercheurs aux donnĂ©es[61].
En février 2024, Universal Music Group retire son catalogue de TikTok, suivi par les éditions Universal en mars 2024[62].
En mars 2024, l'adoption aux Ătats-Unis d'une proposition de loi par la chambre des reprĂ©sentants menace de gĂ©nĂ©raliser l'interdiction de TikTok dans le pays au nom de la sĂ©curitĂ© nationale et dĂ©clenche une rĂ©ponse vive du gouvernement chinois[63].
En avril 2024, le CongrĂšs des Ătats-Unis adopte une loi, promulguĂ©e par le prĂ©sident Joe Biden, donnant douze mois Ă ByteDance pour vendre l'application sous peine d'interdiction sur le territoire amĂ©ricain[64]. Ce texte vise officiellement Ă empĂȘcher que les autoritĂ©s chinoises ne puissent mettre la main sur des donnĂ©es personnelles d'utilisateurs de TikTok aux Ătats-Unis ou ne soient en mesure d'influencer l'opinion amĂ©ricaine via l' algorithme du rĂ©seau social, mĂȘme si aucun Ă©lĂ©ment n'a jamais Ă©tĂ© produit pour justifier ces craintes[65].
En mai 2024, en rĂ©ponse aux Ă©meutes en Nouvelle-CalĂ©donie, le gouvernement français dĂ©crĂšte l'Ă©tat d'urgence sur le territoire d'outre mer et bloque l'application TikTok car elle contribuerait Ă diffuser des messages de haine et de violence[66],[67]. Au mĂȘme moment, un sondage menĂ© par le Think tank Destin Commun montre que les Français se distinguent par une conscience particuliĂšrement aiguĂ« des dangers des rĂ©seaux sociaux, notamment Ă l'Ă©gard des enfants (80 % des sondĂ©s pensent cela et appellent massivement Ă un contrĂŽle accru de ces rĂ©seaux par l'Ătat, « avec mĂȘme un soutien fort Ă l'idĂ©e de supprimer TikTok [âŠ] un Français sur deux (50 %) considĂšre quâil prĂ©fĂ©rerait "vivre dans un monde oĂč les rĂ©seaux sociaux nâauraient jamais Ă©tĂ© inventĂ©s" â une proportion plus importante quâau Royaume-Uni (42 %), en Allemagne (37 %), et aux Ătats-Unis (34 %)[68]. »
En janvier 2025, la Cour suprĂȘme des Ătats-Unis rejette le recours dĂ©posĂ© par TikTok visant Ă contester la loi du CongrĂšs votĂ©e en avril 2024. Cette dĂ©cision entraĂźne le retrait de l'application des magasins d'applications mobiles et l'impossibilitĂ© d'effectuer des mises Ă jour pour les utilisateurs existants[69]. TikTok est rĂ©tabli le mĂȘme jour, aprĂšs que l'entreprise a reçu des garanties de la part de Donald Trump pour permettre son fonctionnement pendant un sursis de 75 jours[70],[71].
Le 19 juin 2025, une nouvelle Ă©chĂ©ance de 90 jours devrait ĂȘtre dĂ©cidĂ©e par Donald Trump aprĂšs un deuxiĂšme report de 75 jours [72]. Le 15 septembre, Donald Trump annonce qu'un accord a Ă©tĂ© trouvĂ© avec la Chine pour que TikTok passe sous contrĂŽle amĂ©ricain[65]. Le 25 septembre 2025, Donald Trump signe un dĂ©cret entĂ©rinant un accord de « dĂ©sinvestissement qualifié » permettant Ă TikTok de poursuivre ses activitĂ©s aux Ătats-Unis sous contrĂŽle amĂ©ricain : une entitĂ© amĂ©ricaine majoritairement dĂ©tenue par des investisseurs des Ătats-Unis (notamment Oracle, Silver Lake, Michael Dell et Rupert Murdoch) doit reprendre lâactivitĂ©, ByteDance conservant une part infĂ©rieure Ă 20 % et Ă©tant exclu des dĂ©cisions de sĂ©curité ; la version amĂ©ricaine utiliserait une copie rĂ©entraĂźnĂ©e de lâalgorithme et serait supervisĂ©e par un conseil de sept membres, avec une Ă©chĂ©ance prolongĂ©e jusquâau 23 janvier 2026[73]. Lâaccord reste subordonnĂ© Ă une validation par les autoritĂ©s chinoises[74]. En dĂ©cembre 2025, l'entreprise annonce qu'elle crĂ©era une coâentreprise indĂ©pendante («âŻTikTok USDS Joint Venture LLCâŻÂ») chargĂ©e de la protection des donnĂ©es, de la sĂ©curitĂ© algorithmique et de la modĂ©ration du contenu aux ĂtatsâUnis, qui sera majoritairement dĂ©tenue par des investisseurs amĂ©ricains (« Oracle, Silver Lake et MGX, rĂ©putĂ©s proches de lâadministration Trump, dĂ©tiendront, Ă parts Ă©gales, 45 % de la coentreprise. Des investisseurs actuels de ByteDance, dont plusieurs fonds amĂ©ricains, dĂ©tiendront 30,1 % et ByteDance les 19,9 % restants »), tandis que TikTok conservera le contrĂŽle de ses activitĂ©s commerciales et de lâinteropĂ©rabilitĂ© mondiale de lâapplication sur le territoire amĂ©ricain.
Utilisation et fonctionnalité
TikTok permet notamment de visionner, de réaliser et de partager des clips musicaux. L'utilisateur choisit une chanson parmi de nombreux genres musicaux, puis il se filme par-dessus pendant des durées variables jusqu'à 10 minutes. L'application, réputée populaire auprÚs des célébrités[75],[76],[77], a popularisé plusieurs chansons, propulsé des utilisateurs au rang de personnalité sur le Web[78] et suscite des tendances virales[79],[80]. Cette capacité de l'application TikTok à générer des vues virales, grùce à son algorithme de flux valorisant l'activité de ses utilisateurs ainsi que la qualité des contenus, lui a permis de trouver une place dans les stratégies marketing des artistes et des labels[81].
Des concurrents existent (section « courtes vidéo » de Bilibili, trÚs populaire en Chine)[82],[83],[84] ou cherchent à imiter TikTok, comme Instagram avec sa fonctionnalité Reels, YouTube avec sa fonctionnalité Shorts, ou encore la plateforme américaine (Triller)[85],[86]. En 2018, Facebook a lancé Lasso, puis y a renoncé en 2020[87],[85].
Les utilisateurs du service disposent de nombreuses fonctionnalités gratuites. Des filtres en réalité augmentée sont notamment trÚs utilisés par les jeunes, spécialement les filtres beauté ou les filtres quizz[Quoi ?]. Les plus créatifs des tiktokeurs créent et peuvent partager leurs propres filtres.
En septembre 2025, TikTok ajoute des fonctionnalités de messages vocaux, photos et vidéos à la messagerie privée[88].
Ămergence de cĂ©lĂ©britĂ©s
La plateforme peut rapidement propulser des adolescents et de jeunes adultes au rang de célébrités (pouvant ensuite s'étendre hors du champ de TikTok). Beaucoup sont captés via des contrats par des sponsors et des agences artistiques.

Ainsi, l'adolescente amĂ©ricaine Charli D'Amelio, sur TikTok l'Ă©tĂ© 2019 devient connue pour ses vidĂ©os de danse, rejointe par sa sĆur Dixie D'Amelio[89]. En , elles intĂšgrent le collectif de crĂ©ateurs de contenu TikTok Hype House (en), qui inclut 19 influenceurs/tiktokeurs dont Addison Rae et Chase Hudson[90],[91]. En , Charli D'Amelio signe avec l'agence de talents UTA[92] et The New York Times la qualifie de « reine de TikTok »[91]. En 10 mois, son compte devient le plus suivi sur la plateforme, dĂ©passant celui de Loren Gray le . Elle atteint par la suite plus de 100 millions d'abonnĂ©s[93]. Victime de harcĂšlement et de moqueries sur son corps, Charli D'Amelio et sa sĆur Dixie s'associent Ă l'UNICEF pour dĂ©noncer l'intimidation en ligne et les dangers de la cĂ©lĂ©britĂ© sur la plateforme[94].
La jeune Britannique Amelia Gething commence sa carriĂšre sur Musical.ly Ă 17 ans, avec des sketches, des reprises de chansons et des danses, avant de crĂ©er une chaĂźne YouTube consacrĂ©e Ă des sketches plus longs attirant 500000 abonnĂ©s et l'attention de la chaĂźne publique britannique BBC, qui lui propose une propre Ă©mission humoristique. Cette offre, qu'elle accepte, est perçue comme une tentative par la BBC d'attirer un public jeune, alors qu'elle fait face Ă une crise existentielle dans sa compĂ©tition avec les grandes plateformes de streaming telles que Netflix et YouTube. Amelia Gething continue de publier du contenu sur TikTok (qui a fusionnĂ© avec Musical.ly) oĂč elle atteint 7 millions d'abonnĂ©s en 2019, soit sept fois plus que la somme de ses abonnĂ©s sur YouTube et Instagram[95],[96],[97].
Musique

L'utilisation de chansons par des utilisateurs peut mener à des succÚs commerciaux pour les musiciens qui en sont les auteurs, comme le jeune rappeur américain Lil Nas X et sa chanson Old Town Road, le musicien français Kid Francescoli[98] ou le chanteur belge Fredz[réf. nécessaire].
En , une vidĂ©o devenue virale d'un utilisateur Ă©coutant la chanson Dreams du groupe Fleetwood Mac permet Ă cette chanson de se hisser Ă la 12e place du palmarĂšs Billboard, plus de 40 ans aprĂšs sa sortie[99]. Ces succĂšs d'amateurs sur TikTok peuvent dĂ©sormais ĂȘtre le point de dĂ©part de parcours dans la chanson, comme pour Bella Poarch[100],[101].
Entreprises de média
Avec le succÚs de l'application auprÚs des plus jeunes, divers médias occidentaux rejoignent la plateforme, publiant des vidéos adoptant ses codes, pour tenter de rajeunir leur audience en touchant une génération dont la consommation médiatique diffÚre de celle des générations précédentes. Pour la responsable de la création vidéo du Washington Post, TikTok est trÚs utile ; elle fait un parallÚle avec sa section mots croisés du journal, longtemps dénigrée par les lecteurs, puis devenue réputée et source de véritables entrées d'argent et de nouveaux abonnements[102]. Le journal Le Monde rejoint la plateforme, en , aprÚs le confinement en France qui a favorisé l'explosion de TikTok dans le pays. Le chef du service Snapchat/TikTok dit que le succÚs sur la plateforme de questions de société et d'actualité comme le mouvement #BlackLivesMatter témoigne d'une génération d'utilisateurs capable de s'intéresser à des sujets complexes, impliquant d'aborder des sujets « difficiles », comme la situation des Ouïghours[103], par ailleurs connue pour causer des controverses liées à la censure sur la plateforme[104],[105],[106],[107].
Nouveaux médias indépendants
Dans la course aux vidéos courtes entre TikTok, Instagram et Youtube, le premier s'impose en 2021, « TikTok a ringardisé YouTube » selon Emmanuelle Leneuf fondatrice d'un media digital indépendant, le FlashTweet, sur Twitter[108]. Des artistes tirent profit de la pluralité des médias indépendants présents sur la plate-forme pour snober de grands rendez-vous jusque là imposés, mais cette perspective se réduit quand l'algorithme change radicalement pour des artistes (qui ne peuvent plus toucher qu'entre 25 000 et 150 000 personnes au lieu d'un demi-million auparavant)[109].
En Europe, des mĂ©dias plus contestataires, comme Sud Radio, insistent pour ĂȘtre trĂšs prĂ©sents sur TikTok[pas clair][110] en donnant la parole Ă des journalistes d'investigation comme Denis Robert et Jean-Baptiste Rivoire, fondateurs respectifs des web TV indĂ©pendantes Blast et Off-investigation oĂč les enquĂȘtes sur les scandales politiques rĂ©alisent des audiences Ă©levĂ©es. RefusĂ©e par toutes les tĂ©lĂ©visions, mais aussi Netflix et Amazon[111],[112], l'enquĂȘte « Emmanuel, un homme d'affaires Ă l'ĂlysĂ©e » a vu son premier Ă©pisode, « L'affaire Kohler, le scandale qui menace Macron », approcher les 1,4 million de vues chez Blast[113], et l'annonce de la suivante 1,15 million sur Le MĂ©dia[114]. Des mĂ©dias plus classiques comme Le Monde se sont aussi renforcĂ©s Ă la fois sur Tiktok et sur YouTube, avec pour objectif et rĂ©sultat d'afficher plus de 50% de ses nouveaux abonnĂ©s numĂ©riques ĂągĂ©s de moins de 30 ans[115].
Personnalités politiques
La popularité de TikTok dans leurs pays attire des groupes et personnalités politiques, dont en Europe dÚs 2019-2020, avec par exemple Matteo Salvini, Elio Di Rupo ou AgnÚs Buzyn.[réf. souhaitée] Au Venezuela, elle est utilisée par le président Nicolås Maduro.[réf. souhaitée] Luiz Inåcio Lula da Silva au Brésil, Giorgia Meloni en Italie et Gabriel Boric au Chili sont également sur TikTok[116].
Aux Ătats-Unis, malgrĂ© le succĂšs de la plateforme, Donald Trump refuse de l'utiliser ; en , la plateforme aurait Ă©tĂ© utilisĂ©e par des adolescents et jeunes adultes pour tenter de saboter un meeting Ă©lectoral du prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, via notamment de vidĂ©os expliquant comment rĂ©server des places pour le meeting, offertes gratuitement, mais sans intention de s'y rendre[117],[118],[119]. Cette tentative aurait mis l'application en danger aux Ătats-Unis[120], son autorisation dans le pays Ă©tant remise en question par le gouvernement.
Le président démocrate Joe Biden ne rejoint pas TikTok non plus[121].
En , le président français Emmanuel Macron y publie une vidéo félicitant les lycéens ayant réussi leur baccalauréat, dans une action trÚs médiatisée[121],[122],[123]. L'action est analysée notamment comme une entrée en campagne pour l'élection présidentielle de 2022[121], ne visant pas directement les utilisateurs de la plateforme, pour l'essentiel mineurs ou parmi les classes d'ùge votant peu[124]. Emmanuel Macron est ensuite suivi par Jean-Luc Mélenchon, député du parti La France Insoumise et potentiel candidat à la présidentielle de 2022[125], qui lui répond en publiant une vidéo musicale parodique adoptant les codes de la plateforme[124],[126], et partage la vidéo sur Twitter en invitant le premier ministre Jean Castex à créer un compte[127].
Pédagogie
Ă la suite du dĂ©veloppement de YouTube notamment, les courtes vidĂ©os sont devenues un moyen d'apprendre et de partager des connaissances et expĂ©riences crĂ©atives dans les domaines de la cuisine, du bricolage, de la musique, du dessin, de l'artisanat, etc.[82] ou des matiĂšres scolaires[128]. Aux Ătats-Unis, des mĂ©decins utilisent TikTok pour informer les adolescents sur la santĂ© et lutter contre les rumeurs et la dĂ©sinformation sur des sujets controversĂ©s comme la vaccination, la contraception ou la sexualitĂ© fĂ©minine, parfois avec un succĂšs important[129].
En , le gouvernement français annonce un partenariat avec la plateforme pour y diffuser des messages de prévention et d'information dans le cadre d'une campagne générale contre les violences faites aux enfants[130].
La plateforme a Ă©galement nouĂ© un partenariat avec WikipĂ©dia. En 2023, Tiktok affiche parfois des extraits de pages WikipĂ©dia lors des requĂȘtes dans son moteur de recherche entre plusieurs vidĂ©os et insĂšre un lien sortant vers l'encyclopĂ©die[131].
Utilisateurs
Nombre d'utilisateurs
Avant l'interdiction de la plateforme en Inde, une part importante des usagers était originaire de ce pays, 43 % selon une étude de [132]. TikTok est particuliÚrement apprécié de la Génération Z. Selon un sondage YouGov de  : 40 % des Américains de 13 à 16 ans utilisent TikTok, soit autant que Facebook et Twitter, mais moins que Snapchat (68 %), Instagram (79 %), et YouTube (utilisé par presque tous)[133] ; mais en , selon Business Insider, 11 % des internautes américains de 13 à 21 ans sondés consultent TikTok quotidiennement, soit significativement moins que ces autres plateformes[37].
En France, la plateforme compte 4 millions d'utilisateurs actifs mensuels à la fin [134]. En Chine, TikTok annonce 500 millions d'utilisateurs (septembre 2021), avec un temps de consultation limité à 40 minutes par jour pour les moins de 14 ans[135].
Fin 2023, ByteDance affirme que TikTok est utilisé chaque mois par plus de 134 millions de personnes en Europe[136]. à l'échelle mondiale, TikTok a été l'application la plus téléchargée durant l'année 2023 tandis qu'en France elle était en troisiÚme position. Il avait été estimé que nombre d'utilisateurs atteindra les 2 milliards à l'approche de 2024[137].
En janvier 2024, l'application comptabilise 1,562 milliard d'utilisateurs actifs à travers le monde, ce qui fait de TikTok le cinquiÚme réseau social dont les utilisateurs sont les plus actifs. En France, 14,9 millions d'utilisateurs mensuels sont actifs sur la plateforme[138].Tout comme à l'échelle mondiale, TikTok s'est imposé dans le quotidien de la population car « 9,9 % des Français désignent TikTok comme leur réseau social préféré ».
Motivations des usagers
Une étude de 2022 sur les motivations des utilisateurs participant aux défis TikTok identifie six catégories principales : le divertissement, l'aspect pratique des communications à grande échelle, l'accroissement des interactions sociales, la recherche de soutien social, le partage et la recherche d'informations, et l'évasion du quotidien[139].
ModĂšle commercial
La plate-forme Douyin s'inscrit dans le modĂšle rĂ©cent de l'Ă©conomie de l'attention, et comporte un bouton d'achat qui gĂ©nĂšre d'importants revenus par le commerce en ligne, mais ce n'est pas le cas de TikTok, qui en 2019 cherche encore son modĂšle commercial. Le commerce en ligne teste des partenariats avec les marques de vĂȘtements Uniqlo et Hollister[140]. Fin 2019, la plateforme diffuse de la publicitĂ© dans son marchĂ© français, selon des formats publicitaires dĂ©jĂ utilisĂ©s dans d'autres pays par la plateforme[141]. Les annonceurs (ex : la marque de bonbons Haribo) y lancent des dĂ©fis comme ceux qui sont omniprĂ©sents sur la plateforme, en recrutant Ă cette fin des influenceurs[142]. En 2020, un bouton d'achat « shop now » (« acheter maintenant ») apparait[143].
En , TikTok annonce un programme de rĂ©munĂ©ration des crĂ©ateurs de contenu dĂ©nommĂ© « Creator Fund », avec un budget prĂ©vu de 200 millions de dollars. Le programme serait rĂ©servĂ© Ă des crĂ©ateurs majeurs ayant un nombre minimum d'abonnĂ©s et de vidĂ©os publiĂ©es. Ce mĂ©canisme de sĂ©lection viserait notamment Ă Ă©viter de rĂ©munĂ©rer des crĂ©ateurs controversĂ©s, comme cela a Ă©tĂ© le cas pour YouTube, limitant ainsi les risques de mauvaise publicitĂ© pour la plateforme[144]. Face au succĂšs de TikTok, Facebook offre des partenariats rĂ©munĂ©rĂ©s Ă des influenceurs de TikTok pour qu'ils migrent vers la nouvelle fonctionnalitĂ© Reels de sa plateforme Instagram, oĂč ils sont appelĂ©s Ă publier des contenus en exclusivitĂ©[85].
Le , malgré le jeune ùge de la plupart de ses utilisateurs, TikTok lance un nouvel outil : le TikTok Creative Hub, réservé aux comptes business, pour aider les entreprises à réaliser leurs publicités, qu'elles peuvent d'ailleurs créer sur un outil similaire de TikTok for Business.
Aspects juridiques et controverses
Le service TikTok soulÚve des questions sur divers sujets: collecte et exportation de données privées, contenus non appropriés, confidentialité.
Interdictions
Australie

En , aprĂšs l'interdiction faite aux soldats amĂ©ricains d'utiliser TikTok sur leurs tĂ©lĂ©phones professionnels, le ministĂšre de la DĂ©fense australien a fait de mĂȘme (sans donner de motif) aprĂšs avoir dĂ©jĂ interdit la messagerie chinoise WeChat, et en 2018 les appareils du fabricant chinois Huawei dans son infrastructure de tĂ©lĂ©phonie 5G, pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale[145]. Fin 2024 l'Australie adopte une loi, une des plus stricte au monde en la matiĂšre, interdisant l'accĂšs aux rĂ©seaux sociaux aux moins de 16 ans. La loi entre en vigueur en dĂ©cembre 2025, TikTok a affirmĂ© accepter de s'y plier au courant de cette mĂȘme annĂ©e[146].
Ătats-Unis

Dans la seconde moitiĂ© de 2019, pendant que le ministĂšre de l'IntĂ©rieur cesse d'utiliser les drones du chinois DJI (entreprise), les sĂ©nateurs commencent Ă soupçonner la Chine de vouloir influencer les Ă©lections amĂ©ricaines grĂące Ă TikTok. Ainsi, ils critiquent une campagne de recrutement de l'armĂ©e amĂ©ricaine ciblant la jeunesse via TikTok ; Chuck Schumer, sĂ©nateur de l'Ătat de New York, explique : « Mais l'armĂ©e doit se poser la question des risques posĂ©s par l'utilisation d'une plateforme chinoise. »[147].
Répondant aux pressions des sénateurs, l'armée engage une distanciation avec TikTok. En , les forces navales américaines[148], puis l'armée de terre, ordonnent à leurs soldats de désinstaller TikTok de tous les smartphones militaires, pour des raisons de cybersécurité ; l'armée de terre autorise l'application sur leurs téléphones privés, mais en mettant en garde contre des messages non sollicités et des demandes de renseignement[147]. D'autres administrations fédérales du pays, notamment liées à la diplomatie et à la sécurité suivent[149]. Le Parti démocrate recommande à ses responsables et ses équipes de campagne de ne pas installer TikTok ou de supprimer leur compte et l'application. En , il précise sa consigne pour les téléphones personnels et recommande d'installer l'application sur un téléphone séparé si l'équipe fait campagne via la plateforme. Le Parti républicain affirme quant à lui qu'une telle recommandation existe de longue date en son sein[150]. Fin juillet, l'équipe de campagne présidentielle de Joe Biden interdit à ses membres d'utiliser l'application sur leurs téléphones privés et professionnels, citant des raisons de sécurité[151],[152].
En , le prĂ©sident Donald Trump annonce l'interdiction prochaine de TikTok aux Ătats-Unis, citant des risques d'espionnage[153]. Microsoft fait une proposition au prĂ©sident pour racheter la branche amĂ©ricaine de TikTok[154]. Le , TikTok annonce son intention de porter plainte contre le gouvernement amĂ©ricain, afin de contester le dĂ©cret signĂ© par Trump[155].
En 2023, alors que le temps passĂ© par les AmĂ©ricains sur TikTok est au niveau de celui passĂ© sur Netflix, le gouvernement souhaite toujours interdire l'application, grĂące au RESTRICT Act (en). L'incident des ballons chinois de 2023 a de nouveau tendu les rapports entre les deux pays. Les sĂ©nateurs dĂ©mocrates et rĂ©publicains sont relativement unis sur ce sujet, et c'est John Thune, un sĂ©nateur rĂ©publicain, qui prĂ©sente le texte Ă l'assemblĂ©e. TikTok proteste, et Shou Zi Chew, son directeur gĂ©nĂ©ral aux Ătats-Unis, est reçu au CongrĂšs fin mars[156].
En mai 2023, le Montana est le premier Ătat Ă interdire l'application : les magasins d'application n'auront plus l'autorisation de le distribuer Ă partir du . TikTok porte plainte contre lui, affirmant que cette dĂ©cision est contraire Ă la constitution, que cet Ătat n'a pas le droit de prendre cette dĂ©cision puisque la dĂ©fense des Ătats-Unis relĂšve du niveau de la fĂ©dĂ©ration, et qu'elle n'est pas Ă©quitable par rapport aux autres applications qui exploitent les donnĂ©es de leurs utilisateurs et utilisatrices. De nombreux AmĂ©ricains s'Ă©lĂšvent aussi contre cette dĂ©cision. L'Union amĂ©ricaine pour les libertĂ©s civiles (ACLU), association amĂ©ricaine forte de cinq-cent-mille membres, s'oppose Ă cette loi : « Avec cette interdiction, le gouverneur Gianforte et le parlement du Montana piĂ©tinent la libertĂ© d'expression de centaines de milliers d'habitants qui se servent de cette application pour s'exprimer, trouver des informations et promouvoir leur petite entreprise, au nom du sentiment anti-chinois », dit un de ses responsables[157].
Union européenne
Au mois de , la Commission européenne interdit à ses fonctionnaires et à ses employés d'utiliser TikTok sur leurs appareils de fonction ou sur leurs appareils personnels s'ils les utilisent à des fins professionnelles, évoquant des « problÚmes de protection de données » et une « menace potentielle pour sa cybersécurité »[158].
France
Durant les émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, TikTok est interdit sur l'archipel par le gouvernement français[159]. Le le décret d'interdiction de TikTok fait l'objet d'un référé-liberté de la Quadrature du Net et de la Ligue des droits de l'homme[160].
Inde
En , la Haute Cour de Madras (en) demande au gouvernement d'interdire provisoirement l'application, accusĂ©e d' « encourager la pornographie » et de montrer du « contenu inapproprié », notant Ă©galement que les enfants qui utilisent l'application seraient exposĂ©s Ă des prĂ©dateurs sexuels. La Cour demande par ailleurs aux mĂ©dias de ne pas diffuser de vidĂ©os issues de la plateforme[161],[162]. La Cour suprĂȘme refuse de suspendre l'ordre, et le ministĂšre des technologies de l'information demande Ă Google et Apple, qui s'exĂ©cutent, de retirer TikTok de leurs magasins d'application Google Play et App Store[161],[163]. TikTok publie un communiquĂ© affirmant que cette interdiction nuit Ă la « libertĂ© d'expression » et dĂ©plore qu'elle ou sa compagnie-mĂšre ByteDance n'aient pas Ă©tĂ© consultĂ©es[164], et elle affirme avoir retirĂ© environ 6 millions de vidĂ©os controversĂ©es[165],[166]. Quelques jours plus tard, Ă la suite d'une demande de ByteDance auprĂšs de la Cour suprĂȘme, la Haute Cour de Madras annule l'interdiction provisoire, Ă la condition que des vidĂ©os pornographiques ne soient plus ajoutĂ©es[167],[164]. Cette interdiction aurait pu coĂ»ter jusqu'Ă 15 millions d'utilisateurs Ă l'application, alors en pleine croissance dans le pays[168].
En , le gouvernement inscrit TikTok, dont les 120 millions d'utilisateurs indiens représentent le plus grand marché pour l'application, sur une liste de 59 applications chinoises (dont le jeu Clash of Kings (en), et les réseaux sociaux WeChat et Weibo) interdites. La plateforme est accusée de « voler et transmettre clandestinement » les données des internautes indiens sur des serveurs situés en dehors du territoire[42],[169]. Le ministÚre des Technologies de l'Information déclare que la décision vise à assurer « la sécurité et la souveraineté du cyberespace indien ». TikTok Inde réagit en réfutant avoir communiqué des informations sur ses utilisateurs. Cette décision survient dans un contexte de tensions militaires entre l'Inde et la Chine, deux semaines aprÚs un affrontement meurtrier entre les armées des deux pays dans une région disputée de l'Himalaya[170],[171].
Pakistan
En , Ă la suite de deux avertissements envoyĂ©s Ă TikTok lui demandant de bloquer les contenus « immoraux, obscĂšnes et vulgaires », l'AutoritĂ© des tĂ©lĂ©communications interdit l'application pour diffusion de « contenus immoraux », peu aprĂšs l'interdiction des principales applications de rencontre pour les mĂȘmes raisons. TikTok rĂ©agit en dĂ©clarant espĂ©rer parvenir Ă un accord avec les autoritĂ©s[172].
Kenya
En mars 2025, le Kenya a exigĂ© que TikTok supprime les contenus Ă caractĂšre sexuel impliquant des mineurs, aprĂšs une enquĂȘte rĂ©vĂ©lant leur exposition Ă des activitĂ©s inappropriĂ©es. En aoĂ»t 2023, la plateforme avait acceptĂ© de collaborer avec les autoritĂ©s kĂ©nyanes pour renforcer la modĂ©ration de ses contenus. Des groupes religieux et militants ont Ă©galement appelĂ© Ă l'interdiction des contenus sexuellement explicites sur TikTok, invoquant la prĂ©servation des valeurs culturelles et morales. Ces mesures visent Ă protĂ©ger les jeunes utilisateurs et Ă encadrer l'usage du rĂ©seau social dans le pays[173].
Protection des données
Ătats-Unis
En , une demande d'action collective en justice est dĂ©posĂ©e auprĂšs de la cour fĂ©dĂ©rale de Californie contre ByteDance, Musical.ly et TikTok. Selon la plainte, TikTok collecterait illĂ©galement et secrĂštement de vastes quantitĂ©s de donnĂ©es personnelles, qui seraient ensuite directement transmises vers la Chine. AccusĂ©es d'entretenir une politique de confidentialitĂ© « ambiguë », TikTok Inc. et sa maison-mĂšre ByteDance recueilleraient notamment les brouillons de vidĂ©os des utilisateurs sans le consentement de ces derniers, et les transfĂšreraient vers divers domaines, dont la Chine, sans que l'usager ne soit au courant, et ce avant mĂȘme que la vidĂ©o ne soit enregistrĂ©e ou publiĂ©e. Les plaignants craignent que les donnĂ©es agrĂ©gĂ©es puissent ensuite ĂȘtre utilisĂ©es pour identifier les utilisateurs, Ă©tablir leur profil et les pister, notamment parce qu'elles contiennent bien souvent des gros plans sur les visages, permettant donc Ă la plateforme de collecter des donnĂ©es biomĂ©triques rĂ©utilisables dans la publicitĂ© ciblĂ©e. Parmi les donnĂ©es recueillies, on compte le numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, les profils sur les rĂ©seaux sociaux, adresses mail et IP, position gĂ©ographique et de nombreuses autres informations, et TikTok continuerait Ă collecter des donnĂ©es biomĂ©triques et des informations personnelles mĂȘme aprĂšs fermeture de l'application[rĂ©f. nĂ©cessaire].
Union européenne
En , le ComitĂ© europĂ©en de la protection des donnĂ©es annonce qu'il va enquĂȘter sur le traitement et la protection des donnĂ©es de TikTok par son propriĂ©taire ByteDance, Ă la suite d'une interpellation du dĂ©putĂ© europĂ©en Moritz Körner[174],[175]. En fĂ©vrier 2023, le conseil d'administration de la Commission europĂ©enne dĂ©cide d'un blocage de l'application sur les appareils, mĂȘme privĂ©s, des membres de son personnel[176].
France
En , la France se penche Ă son tour sur le fonctionnement de TikTok Ă la suite d'une plainte dĂ©posĂ©e auprĂšs de la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertĂ©s) concernant une demande de suppression d'une vidĂ©o[177],[178]. L'enquĂȘte de la CNIL devrait cependant porter plus largement sur le respect du RGPD (le RĂšglement gĂ©nĂ©ral sur la protection des donnĂ©es) par TikTok[179]. En mars 2023, la France bannit pour la premiĂšre fois TikTok des smartphones de ses fonctionnaires face aux craintes d'espionnage[60].
Canada
En fĂ©vrier 2023, le Canada lance une enquĂȘte afin de « s'assurer que l'entreprise respecte ses obligations de transparence »[180].
Protection des données et sécurité des enfants
France
Le , les dĂ©putĂ©s français votent la crĂ©ation d'une commission d'enquĂȘte prĂ©sidĂ©e par Arthur Delaporte[181]. Elle doit analyser les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs[182]. Le , elle auditionne plusieurs personnalitĂ©s des rĂ©seaux sociaux incluant Alex Hitchens, Nasdas, Julien et Manon Tanti, AD Laurent[183], et suscite de vives rĂ©actions sur les rĂ©seaux sociaux oĂč elle est parfois perçue comme « tribunal moral » aux rĂ©actions ou questions absurdes face aux rĂ©ponses de diffĂ©rents influenceurs pendant la commission[184].
Le 11 septembre 2025, aprÚs 6 mois d'auditions de plus de 170 personnes et l'organisation d'une consultation publique citoyenne (23 avril-31 mai 2025 ayant eu plus de 30 000 réponses, dont prÚs de 19 000 par des lycéens), la commission remet ses conclusions dans un rapport comportant 43 recommandations[185], dont la premiÚre est de réellement interdire l'accÚs à la plateforme aux moins de 15 ans[186].
Ătats-Unis
En , la Commission fĂ©dĂ©rale du commerce (FTC) des Ătats-Unis inflige une amende Ă ByteDance pour des violations par Musical.ly (qui a fusionnĂ© ensuite avec TikTok) du Children's Online Privacy Protection Act. Musical.ly aurait collectĂ© illĂ©galement les noms, adresses mail, photos et d'autres donnĂ©es d'enfants de moins de 13 ans[187], sans obtenir au prĂ©alable le consentement parental, et les aurait laissĂ©s accessibles publiquement, donnant lieu notamment Ă des tentatives de prĂ©dation sexuelle par des adultes[188]. L'amende de 5,7 millions de dollars est la plus haute amende infligĂ©e par la FTC pour des faits liĂ©s Ă la vie privĂ©e d'enfants[189]. ByteDance s'engage Ă obtenir la permission des parents avant de collecter les donnĂ©es personnelles des enfants, et Ă supprimer toutes les vidĂ©os et informations appartenant aux utilisateurs de moins de 13 ans, ainsi que de ceux dont l'Ăąge n'est pas connu.
En , plusieurs groupes de consommateurs accusent TikTok de n'avoir pas rĂ©solu le problĂšme, de nombreuses vidĂ©os d'enfants de moins de 13 ans parmi celles dĂ©noncĂ©es en 2019 n'ayant pas Ă©tĂ© supprimĂ©es. Ils ajoutent que le nouveau service de TikTok pour les enfants de moins de 13 ans, qui ne collecte a priori aucune donnĂ©e et sur lequel ils ne peuvent pas publier de vidĂ©os, peut ĂȘtre contournĂ© par un enfant qui supprime son compte et en crĂ©e ensuite un autre sur le mĂȘme tĂ©lĂ©phone en utilisant une fausse date de naissance[188],[190].
En , la plateforme annonce la mise en place d'un contrÎle parental enrichi de nouvelles options qui permettront aux parents de contrÎler la visibilité et le temps passé par leur enfant sur l'application[191].
Pays-Bas
En , l'autoritĂ© de protection des donnĂ©es (en) (Autoriteit Persoonsgegevens) ouvre une enquĂȘte pour vĂ©rifier si les informations fournies sur la collecte de donnĂ©es des enfants sont suffisamment comprĂ©hensibles et dĂ©taillĂ©es.
En 2021, les Pays-Bas condamnent TikTok à 750 000 ⏠d'amende pour violation de la vie privée de jeunes enfants[5].
Royaume-Uni
En , le Bureau de la commissaire Ă l'information du Royaume-Uni ouvre une enquĂȘte sur TikTok Ă la suite de l'amende infligĂ©e par la Commission fĂ©dĂ©rale du commerce des Ătats-Unis pour collecte et partage public illĂ©gaux de donnĂ©es d'enfants de moins de 13 ans. La commissaire affirme Ă©tudier la collecte de donnĂ©es de la plateforme, le type de vidĂ©os rĂ©alisĂ©es et partagĂ©es en ligne par des enfants, et le systĂšme de messagerie de la plateforme, complĂštement ouvert. Elle exprime notamment son inquiĂ©tude face Ă la possibilitĂ© pour les adultes d'envoyer des messages Ă tous les enfants, et affirme que l'entreprise pourrait ĂȘtre en violation du RĂšglement gĂ©nĂ©ral sur la protection des donnĂ©es (RGPD), qui lui impose de mettre Ă disposition des services et des protections diffĂ©renciĂ©s pour les enfants[26].
Union européenne
L'Union europĂ©enne inflige en 2023 une amende de 345 millions d'euros Ă TikTok pour avoir enfreint les rĂšgles de protection des donnĂ©es au sein de l'UE. L'un des reproches concerne les comptes d'enfants dĂ©finis comme public par dĂ©faut[192]. En 2024, la Commission europĂ©enne ouvre une enquĂȘte dans le cadre du respect du rĂšglement sur les services numĂ©riques, notamment concernant la protection des mineurs[193].
Le 2 mai 2025, l'Autorité de protection des données irlandaise (Data Protection Commission, DPC), agissant au nom de l'UE, en raison de la localisation en Irlande du siÚge européen de TikTok, condamne l'entreprise à une amende de 530 millions d'euros, au motif que la plateforme chinoise n'a pas pu « démontrer que les données personnelles » des Européens, « accessibles à distance par son personnel en Chine », y bénéficient d'un niveau de protection équivalent à celui de l'UE. TikTok a annoncé vouloir faire appel de la décision[194].
Le 2 dĂ©cembre 2025, le rĂ©gulateur des mĂ©dias irlandais (la Coimisiun na Mean) ouvre une enquĂȘte au sujet de TikTok, qu'il soupçonne d'enfreindre le rĂšglement europĂ©en sur la protection des donnĂ©es[195].
Italie
En 2021, l'Italie impose à TikTok de stopper tout traitement de données provenant de personnes dont l'ùge ne n'est pas certain[5].
En , l'autorité pour la garantie de la concurrence et du marché (en) (Autorità garante della concorrenza e del mercato) inflige une amende de 10 millions d'euros à TikTok pour des contrÎles inadéquats pour identifier et limiter l'accessibilité des contenus potentiellement nocifs[196].
SĂ©curitĂ© des Ătats-Unis
En aux Ătats-Unis, le sĂ©nateur rĂ©publicain Marco Rubio, qui s'inquiĂšte des « opĂ©rations d'influence chinoises » que pourrait mener TikTok, notamment par une censure au profit du gouvernement chinois, demande l'ouverture d'une enquĂȘte par le ComitĂ© pour l'investissement Ă©tranger aux Ătats-Unis (CFIUS). Celle-ci doit porter sur les consĂ©quences pour la sĂ©curitĂ© nationale du rachat en 2017 de l'application Musical.ly par ByteDance, qui l'a ensuite fusionnĂ©e avec TikTok en 2018[197],[198],[199]. Le dĂ©marrage d'une enquĂȘte sur Musical.ly/TikTok est ensuite relatĂ© dans la presse, oĂč il est fait Ă©tat de discussions entre le CFIUS et ByteDance sur des mesures dites d'« attĂ©nuation », qui Ă©viteraient Ă l'entreprise d'avoir Ă se dĂ©sinvestir de Musical.ly[200]. Le CFIUS avait quelques mois auparavant demandĂ© Ă une entreprise chinoise de jeux vidĂ©o, Kunlun Tech, de revendre la plateforme de rencontres homosexuelles Grindr, notamment par crainte que le gouvernement chinois n'utilise des informations personnelles pour influencer des responsables amĂ©ricains[201].
Le , Oracle Corporation a remportĂ© l'appel d'offres pour les opĂ©rations amĂ©ricaines de l'application de partage de vidĂ©os TikTok, battant Microsoft Corporation dans le cadre d'un accord trĂšs mĂ©diatisĂ©. En outre, Oracle s'est annoncĂ© comme le « partenaire technologique de confiance » de TikTok aux Ătats-Unis, et l'accord ne doit pas ĂȘtre structurĂ©[202].
Le , le prĂ©sident des Ătats-Unis Donald Trump a examinĂ© un accord entre Oracle, Walmart et TikTok Global pour faire face Ă la menace Ă la sĂ©curitĂ© nationale posĂ©e par les opĂ©rations de TikTok. Oracle sera responsable des technologies clĂ©s et des responsabilitĂ©s en matiĂšre de sĂ©curitĂ© afin de protĂ©ger toutes les donnĂ©es des utilisateurs amĂ©ricains. Peu de temps aprĂšs les commentaires de Trump, Oracle a annoncĂ© qu'il avait Ă©tĂ© choisi comme fournisseur de cloud sĂ©curisĂ© de TikTok et qu'il deviendrait un investisseur minoritaire avec une participation de 12,5 %. TikTok a confirmĂ© le rĂŽle d'Oracle et a dĂ©clarĂ© qu'il travaillait avec Walmart sur un partenariat commercial. Walmart prendra environ 7,5% du capital. TikTok maintiendra et agrandira son siĂšge social aux Ătats-Unis, a dĂ©clarĂ© la sociĂ©tĂ©, tout en crĂ©ant 25 000 emplois Ă travers le pays. Trump avait dĂ©clarĂ© qu'une nouvelle sociĂ©tĂ© serait probablement constituĂ©e au Texas.
TikTok USDS
| TikTok USDS Joint Venture | |
| Création | 2026 |
|---|---|
| Personnages clés | Larry Ellison, Egon Durban, Kenneth Glueck, Timothy Dattels, Mark Dooley, Raul Fernandez, David Scott, Xavier Niel |
| Forme juridique | Limited liability company (LLC) |
| SiĂšge social | Culver City, Californie |
| Direction | Shou Zi Chew (directeur général) |
| Président | Adam Presser |
| Actionnaires | |
| Effectif | 7Â 000[203] |
| Site web | https://usdsjv.tiktok.com/ |
| Société précédente | TikTok U.S. Data Security, Inc. |
| modifier - modifier le code - voir Wikidata | |
En juillet 2022, ByteDance met en place une nouvelle division amĂ©ricaine nommĂ©e TikTok U.S. Data Security Inc. (USDS) dotĂ©e d'un personnel exclusivement amĂ©ricain (et dont l'administration amĂ©ricaine possĂšde un droit de regard sur les embauches) et chargĂ©e de l'accĂšs au donnĂ©es et de la modĂ©ration du contenu sur la plateforme aux Ătats-Unis.
Le 22 janvier 2026, le président américain Donald Trump et TikTok Global annoncent que la version américaine de la plateforme a rejoint l'entité TikTok USDS Joint Venture LLC, une coentreprise nouvellement créée en lieu et place de TikTok U.S. Data Security Inc., entiÚrement indépendante et opérant dans le cadre de garanties définies afin de protéger la sécurité nationale des utilisateurs américains. Adam Presser, ancien directeur des opérations et de la confiance et de la sécurité chez TikTok, occupera le poste de PDG, tandis que l'actuel PDG de TikTok, Shou Zi Chew, sera directeur de TikTok USDS Joint Venture LLC[204],[205].
La nouvelle entité est dÚs lors dirigée par un conseil d'administration composé de 7 membres, dont la majorité est de nationalité américaine. Aux cÎtés de Shou Zi Chew, figure également Kenneth Glueck du géant américain Oracle, Timothy Dattels de TPG Capital, Mark Dooley de SIG, Raul Fernandez de DXC Technology ou encore David Scott de MGX[205].
Actionnariat
Le propriĂ©taire chinois de TikTok Global, ByteDance, conserve 19,9 % des parts de la coentreprise, restant sous le seuil limite de 20 % fixĂ© par le CFIUS, aux cĂŽtĂ©s des investisseurs Oracle (qui Ă©tait dĂ©jĂ devenu le « partenaire technologique de confiance » de TikTok aux Ătats-Unis[202]), Silver Lake et le fonds Ă©mirati MGX qui contrĂŽlent dĂ©sormais la plateforme sur le sol amĂ©ricain et dĂ©tiennent chacun 15 % des parts. La famille Dell, ou encore le milliardaire français Xavier Niel font partie des investisseurs minoritaires[206].
| Entité | Part | Part globale | |
|---|---|---|---|
| 19,9Â % | |||
| 15Â % | 80,1Â % | ||
| 15Â % | |||
| 15Â % | |||
| Investisseurs
minoritaires |
35,1Â % | ||
Critiques
Impact énergétique et environnemental
Selon un rapport (2020) du shift Project, visionner des vidéos sur TikTok génÚre 0,2 g environ chaque minute, soit 12 g de CO2 par heure. Ce chiffre est basé sur une estimation du débit moyen de TikTok (1,5 Mbit/s) et sur l'hypothÚse que le visionnage se fait principalement sur smartphone[réf. nécessaire]. Le rapport Digital France 2023 de « We are social » avance le chiffre de 57 gCO2eq par heure d'utilisation (équivalent à 185 km parcourus en voiture), ce qui place TikTok à la derniÚre place du classement des 10 médias sociaux les plus utilisés en France[207]. Un nouveau rapport du cabinet de conseil en analyse du carbone Greenly publié en décembre 2024 révÚle que TikTok aurait un impact carbone supérieur à la GrÚce[208].
Les infrastructures informatiques nĂ©cessaires au fonctionnement de TikTok (serveurs et datacenters notamment) consomment une grande quantitĂ© de ressources en eau et en Ă©nergie, avec un impact environnemental nĂ©gatif. Selon le Carbon Trust (organisation indĂ©pendante promouvant une Ă©conomie sobre en carbone), en moyenne, une heure de streaming vidĂ©o en Europe en 2020 consommait l'Ă©quivalent en Ă©nergie du chauffage de 3 bouilloires Ă©lectriques pleines [rĂ©f. nĂ©cessaire]. En outre TikTok est essentiellement consultĂ© sur des smartphones, or selon Jens et al. (2016), utiliser un smartphone gĂ©nĂšre en moyenne une plus grande empreinte carbone que l'utilisation de n'importe quel autre appareil ; et l'utilisation de la technologie est devenue plus nocive que la fabrication de l'appareil lui-mĂȘme[209].
Au dĂ©but des annĂ©es 2020, TikTok figure parmi les rĂ©seaux sociaux ayant dans le monde la pire empreinte carbone[210]. Une Ă©tude rĂ©cente a Ă©valuĂ© l'empreinte carbone de la plateforme TikTok et de ses trois consĆurs les plus populaires du moment (Facebook, Netflix et YouTube), toutes extrĂȘmement gourmandes en ressources informatiques, en Ă©nergie et en bande passante ainsi qu'en capacitĂ© de stockage et de traitement constant de donnĂ©es massives. Les auteurs notent que rien que pour 2021, le dĂ©ploiement de la 5G et l'augmentation de la dĂ©finition des camĂ©ras des smartphones devait accroitre de 25,2 % le flux des donnĂ©es vers l'utilisateur, de 32,7 % celui Ă©changĂ© par les datacenters entre eux[211].
Ce travail s'est basé sur les méthodes alors « les plus citées (celles d'Obringer[212], du Shift Project, d'Andrae[213] et de Hintemann et Hinterholze[214] ». TikTok est placé derriÚre Netflix qui « génÚre les émissions de CO2 les plus élevées parmi les quatre applications en raison de sa diffusion vidéo haute résolution et de son nombre d'utilisateurs »[215].
| Application utilisée | Nb. heure/jour utilisation | Quantité de données téléchargées | Selon Obringer | Selon le Shift Project[216] | Selon Andrae[217] | Selon Hintemann and Hinterholzer[218] |
|---|---|---|---|---|---|---|
| YouTube | 1 heure/jour | 1.65 GB/HD/ | 168 g | 280.26 g | 72 g | 135 g |
| Netflix | 6 heures | 1.5 GB hour/HD/ | 1008 g | 1681.56 g | 432 g | 810 g |
| 0,1 heure | 210 TB | 16.8 g | 28.026 g | 7.2 g | 13.5 g | |
| TikTok | 2 heures | 500 TB | 336 g | 560.52 g | 144 g | 270 g |
Selon une étude réalisée par Greenspector en 2021, l'impact carbone du fil d'actualité de TikTok est de 2,63 grammes d'équivalent CO2 par minute, soit plus élevé parmi les 10 applications de réseaux sociaux testées, et plus de deux fois l'empreinte moyenne de ces applications (1,15 gEqCO2/min), parce que TikTok ne valorise que le visionnage de vidéos qui se préchargent dans le fil d'actualité dÚs le démarrage de l'application par l'utilisateur[219]. Limiter le temps passé sur l'application, désactiver le préchargement des vidéos dans les paramÚtres, réduire la qualité des vidéos ou de passer en mode avion lorsque possible permettrait de réduire l'empreinte carbone des usagers de l'application[215].
Cybervulnérabilités
Cybersécurité, protection des données personnelles
En , l'entreprise de cybersécurité Check Point révÚle de graves failles de sécurité dans l'application, permettant, grùce à l'envoi d'un faux SMS (SMS spoofing), de partiellement contrÎler à distance l'application, publier ou supprimer des vidéos, rendre publique une vidéo privée, approuver une demande d'abonnement, récupérer des données privées (dont l'email ou le contenu du « porte-monnaie ») en laissant des données personnelles exposées[220],[221],[222]. Ces failles sont corrigées en décembre par TikTok, aprÚs que Check Point ait prévenu la plateforme[220].
En , deux chercheurs critiquent l'usage par TikTok du protocole HTTP sans chiffrement plutĂŽt que du protocole plus sĂ©curisĂ© HTTPS dans son rĂ©seau de diffusion de contenu (CDN). La vitesse de transfert de donnĂ©es est amĂ©liorĂ©e, mais en mettant en danger la vie privĂ©e et la sĂ©curitĂ© de l'utilisateur. Une attaque dite de l'intercepteur (ou homme du milieu) est possible, oĂč un intercepteur peut notamment obtenir des donnĂ©es personnelles sur l'activitĂ© de l'utilisateur comme les vidĂ©os visionnĂ©es, et faire visionner une fausse vidĂ©o sur un vrai compte Ă des utilisateurs connectĂ©s au travers d'un mĂȘme routeur, Ă©ventuellement Ă des fins de dĂ©sinformation. L'attaque pourrait ĂȘtre mise en place par des gestionnaires de rĂ©seau wifi publics, des opĂ©rateurs de VPN, des fournisseurs d'accĂšs Ă internet, ou des agences gouvernementales (notamment de renseignement).
En crĂ©ant un serveur pirate, les auteurs ont pu substituer pour certains utilisateurs de fausses vidĂ©os sur les comptes de l'OMS, de la Croix-Rouge et le compte officiel de TikTok. Ils recommandent la mise en place du HTTPS, qui est la norme dans iOS et Android, insistant sur le fait que TikTok est l'une des applications les plus utilisĂ©es au monde et que l'usage du HTTP devrait ĂȘtre une exception[223],[224],[225].
Influences politiques cachées
TikTok affirme avoir rejetĂ© 3 501 477 publicitĂ©s violant ses politiques et directives publicitaires rien qu'au second semestre 2020[226]. Pourtant, Mozilla a documentĂ© de larges failles persistantes quant au contrĂŽle du marketing d'influence politique[227] : sur TikTok, aux Ătats-Unis, des influenceurs ont reçu une compensation pour la diffusion de messages politiques, bien que de TikTok ait en 2019 interdit les publicitĂ©s politiques ; TikTok ne semble pas les avoir dĂ©tectĂ©es, ni avoir appliquĂ© sa rĂšgle imposant aux influenceurs de divulguer leurs partenariats rĂ©munĂ©rĂ©s, et n'a pas non plus requalifiĂ© les publications sponsorisĂ©es en publicitĂ©[228]. Les tests de Mozilla ont rĂ©vĂ©lĂ© que « les influenceurs de TikTok de tous les horizons politiques avaient des relations rĂ©munĂ©rĂ©es non divulguĂ©es avec diverses organisations politiques aux Ătats-Unis. Plusieurs influenceurs de droite de TikTok semblent ĂȘtre financĂ©s par des organisations conservatrices comme Turning Point USA [âŠ] qui dispose d'un programme d'influence spĂ©cialement destinĂ© Ă financer de jeunes crĂ©ateurs de contenu conservateurs sur les rĂ©seaux sociaux. Le site Web de Turning Point USA indique qu'il compte 280 ambassadeurs et 11 contributeurs, dans le but de « saturer les marchĂ©s des mĂ©dias sociaux et traditionnels avec le message de libertĂ© et de gouvernement limitĂ© grĂące Ă des initiatives de marketing numĂ©rique et d'influence »[227]. Le programme fournit aux ambassadeurs "tous les outils disponibles pour diffuser avec succĂšs ces idĂ©es sur les campus universitaires et au-delĂ " ». Les donnĂ©es financiĂšres de Turning Point USA confirment des dĂ©penses de 5,8 millions de dollars au total pour une rubrique « autres services de programme », incluant les « programmes de mĂ©dias d'influence de Turning Point USA »[227]. Mozilla a aussi trouvĂ© des preuves qu'au moins deux organisations (Prager University et Today is America) ont fait de mĂȘme[227].
Mozilla, en 2021, dit que TikTok manque d'outils et d'archives de transparence des publicitĂ©s. Ceci empĂȘche de surveiller les influenceurs politiques sur TikTok, alors qu'aux Ătats-Unis par exemple, ils avaient des relations rĂ©munĂ©rĂ©es, non divulguĂ©es, avec diverses organisations politiques[228]. Ceci rend TikTok vulnĂ©rable aux abus de groupes politiques et d'acteurs malveillants. Mozilla a publiĂ© trois recommandations pour TikTok[228] :
- développer des mécanismes d'auto-divulgation efficaces pour les créateurs[228] ;
- investir pour plus de transparence publicitaire sur la plateforme[228]Â ;
- mettre à jour les politiques et processus d'application sur les publicités politiques (les créateurs devraient utiliser #ad pour divulguer les partenariats payants et les contenus sponsorisés, et une nouvelle politique de contenu de marque aiderait les influenceurs à divulguer leurs partenariats payants)[228].
Fin 2021, Mozilla invite les régulateurs institutionnels à adopter des lois et des directives renforçant la transparence des plateformes dont en imposant la divulgation de toute forme de publicité en ligne, tout en adaptant la loi aux nouvelles formes de publicité politique et en clarifiant la définition de la publicité politique[228].
Controverses
Addictions
Selon Yao Qin et al. (2022) « TikTok a l'un des systĂšmes d'algorithmes les plus avancĂ©s et il est le plus addictif par rapport aux autres plateformes de mĂ©dias sociaux » et « il affecte les Ă©tats internes de plaisir, de concentration et de distorsion du temps des utilisateurs (que les chercheurs dĂ©finissent comme l'expĂ©rience de flux), qui Ă son tour influence leur comportement de dĂ©pendance »[229]; dans le contexte d'utilisation de courtes vidĂ©os et de nombreuses interactions, se montre rapidement capable de cerner ou orienter les centres d'intĂ©rĂȘt de l'utilisateur, et par suite de fortement capter son attention au point que des psychologues dĂ©noncent une excessive « addictivité » de TikTok, pouvant selon certains conduire Ă un « abrutissement » de l'utilisateur psychologiquement piĂ©gĂ© dans l'enchainement potentiellement infini des vidĂ©os que la plate-forme lui prĂ©sente[230]. Selon l'analyse d'un sondage de jeunes chinois de 10 Ă 19 ans, la qualitĂ© du systĂšme influence plus l'expĂ©rience Ă©prouvĂ©e par les adolescents sur TikTok que la qualitĂ© de l'information contenue ; et l' « expĂ©rience de flux » a des effets significatifs (directs et indirects) sur la concentration mentale et l'addiction Ă TikTok[229].
En effet, le « format court » imposĂ© aux vidĂ©os par TikTok les rend particuliĂšrement addictives pour les adolescents qui souhaitent « rentabiliser le temps », « remplir les creux »[231]. La briĂšvetĂ© des contenus et les swipes rendent possible la 'dĂ©couverte' Ă un plus grand nombre de vidĂ©os et de thĂšme en trĂšs peu de temps. Sur TikTok, il suffit de lancer l'application pour qu'un flux infini de vidĂ©o courtes se gĂ©nĂšre, un point qui change des autres plateformes comme YouTube. Ă la suite de son succĂšs, ce modĂšle a Ă©tĂ© repris par de nombreux autres rĂ©seaux comme YouTube Shorts ou Instagram[232]. Une enquĂȘte de Sandrine Philippe (en 2023 auprĂšs des jeunes adolescents) montre que beaucoup ne sont pas dupĂ©s par l'illusion de « rentabiliser le temps », plusieurs affirmant perdre du temps avec l'application â surtout ceux qui sont issus de milieux populaires et ceux qui sont en Ă©chec scolaire. Le flux imposĂ© de brĂšves vidĂ©os fait perdre la notion de temps, et rend dĂ©pendant Ă l'algorithme ; le principe de boucle infinie renforce l'impression que l'utilisateur pourrait « rater » une prochaine vidĂ©o peut-ĂȘtre intĂ©ressante, incitant Ă passer plus de temps sur TikTok. Selon Sandrine Philippe, ce modĂšle d'immersion intensive Ă©voque celui de certains jeux vidĂ©os.
Des praticiens jugent ces effets d'addiction trÚs préoccupants pour la santé psychique et physique, dont en raison de trouble et manque de sommeil, de troubles de l'attention et d'un encouragement à la sédentarité, surtout chez de jeunes mineurs particuliÚrement captés :
- En 2022, 63 % des jeunes Français de 12 ans déclaraient utiliser TikTok (bien que TikTok se présente comme interdit aux moins de 13 ans en France, et qu'en Chine en 2021, l'application était limité à 40 minutes par jour pour les moins de 14 ans[135]) ; les français de 4-18 ans y passent en moyenne plus d'une heure et quart par jour, avec environ 40 consultations par jour (contre 15 fois pour Twitter). « Au Royaume-Uni, 16 % des enfants de 3 et 4 ans utilisent déjà TikTok » et en France, à 11 ans, 2 enfants sur 5 l'utilisent en France[230].
- En 2025, « les 11-17 ans passent en moyenne 4 heures et 38 minutes par jour sur Internet, dont 3 heures et 11 minutes sur les réseaux sociaux et les messageries. Chez les adolescents, TikTok est utilisé quotidiennement par 40 % des 11-17 ans, un chiffre qui grimpe à 47 % chez les 15-24 ans. Plus inquiétant encore, ces jeunes se connectent en moyenne cinq fois par jour à TikTok, avec une durée moyenne de session d'une heure et 28 minutes. L'usage est intensif, multi-journalier, et clairement favorisé par le design de l'application. L'architecture attentionnelle de TikTok s'inscrit dans une économie de captation du temps de cerveau disponible qui laisse peu de place au recul critique[233]. »
« S'agissant des plus jeunes, le doute n'est plus permis quant aux effets nĂ©fastes des rĂ©seaux sociaux et a fortiori de TikTok [âŠ] L'exposition aux Ă©crans entraine des retards dans l'acquisition du langage, la reconnaissance des Ă©motions et la motricitĂ© fine. Les effets sur la qualitĂ© de sommeil des enfants et des adolescents sont aussi dĂ©montrĂ©s : risques de dĂ©pression, anxiĂ©tĂ© et baisse de la concentration en classe[230]. »
La plate-forme contribue aussi à d'autres addictions nuisant à la santé publique (à la nicotine et l'e-cigarette par exemple, selon une étude publiée en 2022)[234].
Une Ă©tude sur les facteurs de modĂ©ration de la surutilisation a conclu que « seul le contrĂŽle parental actif s'est avĂ©rĂ© ĂȘtre un modĂ©rateur significatif de la relation entre la concentration et l'utilisation problĂ©matique de TikTok [âŠ] au fut Ă mesure que la mĂ©diation parentale active se dĂ©veloppe, l'impact de la concentration des adolescents sur l'utilisation problĂ©matique de TikTok se rĂ©duit »[235].
MalgrĂ© ces effets nĂ©fastes, TikTok incite les utilisateurs Ă consommer davantage, il se repose sur un modĂšle de « digital labour »[236], c'est-Ă -dire des activitĂ©s qui ne sont pas vĂ©cues comme un travail mais qui produisent pourtant une valeur pour les grandes entreprises technologiques et qui sont mesurĂ©es par des indicateurs de popularitĂ©s, de rĂ©putation. Pour les utilisateurs, il suffit de faire quelques gestes : liker, partager, s'abonner et swiper. Ainsi, leurs activitĂ©s deviennent des donnĂ©es qui peuvent ĂȘtre rĂ©utilisĂ©s pour faire profit Ă la plateforme notamment en proposant des publicitĂ©s ciblĂ©es.
Désinformation
Selon un article paru en avril 2023 dans la revue Nature, « pour concourir à l'attention des utilisateurs, les plateformes de vidéos courtes ont surutilisé la technologie algorithmique, ce qui a intensifié la polarisation du groupe, ce qui est susceptible de pousser les utilisateurs dans une « chambre d'écho » homogÚne. Et ces chambres d'écho peuvent contribuer à la diffusion d'informations trompeuses, de fausses nouvelles ou de rumeurs, qui ont des impacts sociaux négatifs ».
NewsGuard conclut de ses tests (2022) qu'en moins de 40 minutes, l'utilisateur de TikTok se voit aussi proposer des vidéos aux contenus faux sur l'actualité, et plus encore si l'application est utilisée comme moteur de recherche ; et « Sur 102 millions de vidéos retirées par TikTok au 1er semestre 2022, moins de 1 % l'ont été pour désinformation »[237]. Selon Global Witness, l'exposition aux fausses nouvelles y est pire que sur Facebook et YouTube : (« 90 % des contenus de désinformation créés pour une étude par Global Witness ont été approuvés par TikTok, alors que ce chiffre est de 20 % pour Facebook »)[237]. D'aprÚs les chercheurs de NewsGuard, 20 % des vidéos proposées automatiquement par la plateforme sur des sujets tels que la pandémie de Covid-19, l'invasion de l'Ukraine en 2022 ou le changement climatique contiennent de la désinformation[238].
Information versus désinformation sanitaire

Une Ă©tude internationale (dirigĂ©e par le DrâŻAlexandreâŻHudon) concluait que 20 % des vidĂ©os TikTok sur la santĂ© mentale contiennent de la dĂ©sinformation, avec des risques dâaggravation de troubles, de mauvaise observance thĂ©rapeutique ou de retard de prise en charge. Elle est confirmĂ©e par une enquĂȘte du Guardian montrant que, parmi les 100 vidĂ©os TikTok les plus visionnĂ©es sous le hashtag #mentalhealthtips («âŻastuces de santĂ© mentaleâŻÂ»), 52âŻ% contenaient des informations erronĂ©es, fantaisistes et scientifiquement infondĂ©es. Des incitations Ă lâabstention thĂ©rapeutique y sont courantes (ex : vidĂ©o dĂ©conseillant formellement le traitement mĂ©dicamenteux du TDAH), et, selon le psychologue et neuropsychologue BaptisteâŻCarreiraâŻMellier, TikTok contient une prolifĂ©ration de diagnostics et dâautodiagnostics douteux Ă©mis par des crĂ©ateurs de contenus non habilitĂ©sâŻ(ex : adolescente de 14âŻans persuadĂ©e dâĂȘtre borderline Ă la suite dâun «âŻdiagnosticâŻÂ» posĂ© par une influenceuse se prĂ©sentant comme psychologue, mais nâayant en rĂ©alitĂ© pas ce titre).
Lors de la pandĂ©mie de Covid-19, TikTok a Ă©tĂ© l'une des premiĂšres sources d'information des jeunes adultes. Le 12 juillet 2020, les hashtags « covid-19 », « covid19 » et « coronavirus » ont atteint des dizaines de milliards de vues et les vidĂ©os faites par les professionnels de la santĂ© y Ă©taient moins nombreuses, mais souvent aimĂ©es et partagĂ©es, faisant potentiellement de TikTok un relai pour les professionnels de la santĂ© pour Ă©duquer et contester les mythes entourant la Covid-19[239]. Mais, comme soulignĂ© par plusieurs mĂ©dias traditionnels, TikTok comme bien d'autres, est aussi source de dĂ©sinformation et de fausses informations concernant cette pandĂ©mie[240]. Ainsi, selon NewsGuard, la dĂ©sinformation sur les vaccins contre la Covid-19 y a Ă©tĂ© forte : les vaccins tueraient, les « dĂ©gĂąts » seraient cachĂ©s, etc.[241], « la toxicitĂ© de TikTok constitue dĂ©sormais un danger important parce que des recherches de Google suggĂšrent que TikTok est de plus en plus utilisĂ© par les jeunes [âŠ] pour trouver des informations »[242]. En 2021, TikTok aurait mĂȘme dĂ©passĂ© Google comme site web le plus populaire au monde selon Cloudflare[240]. Pour donc Ă©viter la dĂ©sinformation de circuler, le porte-parole de TikTok affirme que la plateforme s'engage Ă retirer les contenus qui relĂšvent de la dĂ©sinformation nocive, dont la dĂ©sinformation mĂ©dicale[243]. En 2020, Voyager Infosec a montrĂ© que lors de la pandĂ©mie de Covid-19 en Inde, un grand nombre de vidĂ©os TikTok niaient la dangerositĂ© du coronavirus SARS-CoV-2 pour les musulmans, les appelant Ă refuser les mesures sanitaires comme le port du masque , ce qui a poussĂ© le ministĂšre des technologies de l'information Ă demander Ă TikTok de supprimer les informations de ce genre et d'en identifier les auteurs, demande Ă©galement adressĂ©e Ă Facebook oĂč des contenus similaires circulaient. TikTok a dit activement travailler avec le gouvernement pour lutter contre la dĂ©sinformation, tout en favorisant les contenus « crĂ©dibles » sur la Covid-19 sur sa plateforme[244]. En , la plateforme annonce avoir signĂ© le Code de bonnes pratiques de l'Union europĂ©enne sur les discours haineux et la dĂ©sinformation[245]. En , TikTok annonce avoir supprimĂ© 29 000 vidĂ©os contenant des « fausses informations » sur la Covid-19 en Europe[246], dont 3 000 dont le contenu visĂ© appartenait au domaine mĂ©dical. Comme d'autres rĂ©seaux, pour informer ses utilisateurs sur la pandĂ©mie, l'application affiche une banniĂšre donnant accĂšs Ă des renseignements[247].
Effets nocifs sur la santé des jeunes
Une Ă©tude rĂ©alisĂ© par l'ONG Amnesty International en partenariat avec l'« Algorithmic Transparency Institute et AI Forensics » en 2023 conclut que l'algorithme de TikTok expose fortement, et trĂšs rapidement parfois, les jeunes Ă des contenus dangereux et/ou inappropriĂ© Ă leur Ăąge, incluant notamment la promotion du suicide et de l'automutilation. Les internautes ayant ce profil et montrant un intĂ©rĂȘt pour ces sujets via les mots-clĂ©s entrĂ©s dans le moteur de recherche du rĂ©seau se retrouvent, dĂšs les douze premiĂšres minutes, exposĂ©s, via la rubrique "Pour toi" de leur fil d'actualitĂ©, Ă une quantitĂ© massive de vidĂ©os de ce type, susceptibles de renforcer leur mal-ĂȘtre [248] (« plus de la moitiĂ© des contenus recommandĂ©s Ă un « profil dĂ©pressif » concernaient l'anxiĂ©tĂ©, l'automutilation ou le suicide »)[249].
Le rĂ©seau est confrontĂ© Ă plusieurs procĂšs pour ces motifs. En octobre 2024, aux Ătats-Unis, treize Ă©tats et le district de Columbia intentent des procĂšs contre le rĂ©seau en l'accusant de provoquer l'addiction et de « contribuer sciemment Ă la crise de santĂ© mentale des adolescents amĂ©ricains afin de maximiser ses recettes publicitaires »[250]. La radio publique amĂ©ricaine publie au mĂȘme moment des documents internes Ă TikTok montrant que l'entreprise a effectuĂ© des recherches en interne sur les mĂ©canismes d'addiction afin de maximiser le temps passĂ© par les internautes sur le rĂ©seau, et que les chercheurs de TikTok connaissaient les effets dĂ©lĂ©tĂšres de ces mĂ©canismes sur la santĂ© mentale des jeunes[251]. En novembre 2024, un collectif de sept familles françaises assigne en justice TikTok devant le tribunal judiciaire de CrĂ©teil, accusant le rĂ©seau d'exposer les enfants Ă de nombreuses vidĂ©os faisant la promotion du suicide, de l'automutilation ou encore des troubles alimentaires[252].
Le Kirghizistan interdit TikTok pour « protéger la santé des enfants » en août 2023[253].
Censure, désinformation et propagande
Potentiel général
Des chercheurs[Lesquels ?] s'inquiÚtent du potentiel, selon eux trÚs fort, de l'application dans la guerre informationnelle mondiale, notamment parce qu'elle pourrait appliquer à un public international les méthodes de censure du gouvernement chinois et façonner sa compréhension de l'actualité. Ces inquiétudes sont renforcées par le fait que TikTok fournit peu d'informations sur les contenus qu'il supprime et sur l'indépendance qu'il affirme avoir vis-à -vis des censeurs chinois. Les chercheurs notent que Douyin, uniquement accessible en Chine, est soumis à la vision du Parti communiste chinois (PCC) sur les contenus et sources appropriés, et doit respecter des rÚgles de censure ainsi que le Grand Firewall de Chine. Douyin a ainsi adopté une définition large des contenus indésirables, interdisant notamment tous ceux jugés « incommodants »[254]. Selon Matt Schrader, spécialiste de la Chine pour le groupe de pression américain Alliance for Securing Democracy (en), tous les contenus qui contreviennent à la ligne officielle du PCC sur Douyin, notamment l'emprisonnement des Ouïghours, la corruption de membres haut placés du PCC ou les vidéos des manifestants à Hong Kong, sont rapidement retirés[187]. Douyin a supprimé le compte du chanteur chinois Liu Keqing, connu pour sa forte ressemblance physique avec le président Xi Jinping, et dont le nom et l'image étaient utilisés pour parler du président Xi en contournant la censure[255],[256],[257].
En l'ONG Global Witness révÚle que TikTok échoue au test de détection de désinformation initié par l'ONG. Global Witness a réussi à publier la totalité de ses 16 vidéos à destination du public irlandais et contenant de fausses informations. Ces fausses publicités destinées à informer les électeurs contenaient toutes de fausses informations destinées à mettre en péril la sincérité du scrutin. On y trouvait par exemple l'information selon laquelle l'ùge légal pour voter avait été modifié à 21 ans. Global Witness a porté plainte auprÚs du régulateur irlandais contre TikTok[258].
En termes de propagande, des chercheurs[Lesquels ?] soulignent l'utilisation de Douyin par le PCC. Pour un spĂ©cialiste de l'industrie numĂ©rique chinoise, les contenus gĂ©nĂ©ralement lĂ©gers et amusants de Douyin aident Ă faire passer les messages de propagande nationaliste approuvĂ©s par les autoritĂ©s chinoises, auprĂšs d'une population jeune qui a moins tendance Ă consulter les mĂ©dias classiques. Pour un spĂ©cialiste du marketing sur TikTok, la plateforme a un potentiel massif pour changer les perceptions du public international, cela Ă©tant facilitĂ© par le fait que la plupart des usagers sont jeunes et relativement faciles Ă influencer[187]. Des chercheurs notent Ă©galement que TikTok pourrait ĂȘtre utilisĂ© pour des campagnes de dĂ©sinformation en ligne Ă l'Ă©tranger, comme les autoritĂ©s chinoises l'ont dĂ©jĂ fait sur Facebook, Twitter et YouTube, en crĂ©ant des faux comptes pour dĂ©nigrer les manifestants hongkongais[187]. Par ailleurs, TikTok servirait Ă la diffusion de vidĂ©os pro-Ukraine pendant l'Invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, alors que TikTok a suspendu la possibilitĂ© de publier de nouvelles vidĂ©os sur sa plateforme en Russie Ă©tant donnĂ© la nouvelle loi russe qui proscrit la diffusion d'informations visant Ă discrĂ©diter l'armĂ©e et son invasion de l'Ukraine[259]. D'aprĂšs Laurence Grondin-Robillard, experte des mĂ©dias socionumĂ©riques Ă l'UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă MontrĂ©al, cela a pour consĂ©quence d'enfermer les utilisateurs de la plateforme dans des chambres d'Ă©cho ou bulles de filtre, limitant ainsi une meilleure comprĂ©hension du conflit[259].
Selon Belinda Barnet, spécialiste des médias à l'université de technologie de Swinburne (en), il est « hors de doute » que TikTok et Douyin contribuent à la désinformation, les deux plateformes « pratiquant la censure et de campagnes de désinformation pour perturber et orienter le débat public »[260].
Répression des Ouïghours
Le sujet de la répression des Ouïghours en Chine est censuré ou masqué sur Douyin, menant à la publication de vidéos qui tentent de contourner cette censure de maniÚre créative[106],[107]. En , une vidéo dans ce style publiée par une adolescente américaine sur TikTok devient virale, avant qu'un de ses autres comptes, puis son téléphone ne soient bloqués sur la plateforme. Interrogée par la BBC, TikTok affirme ne pas modérer les contenus en fonction de sensibilités politiques, et avoir effectué ces blocages en raison d'une autre vidéo montrant Oussama Ben Laden, ce qui contrevenait à sa politique de contenu. TikTok publie ensuite un communiqué sur l'affaire[261], mentionnant le blocage du compte et du téléphone, ainsi qu'un bref retrait de la vidéo dû à une « erreur » d'un de ses modérateurs et annulé ensuite par un supérieur. TikTok s'excuse du retrait momentané de la vidéo et débloque le téléphone de l'adolescente en dérogation à sa politique, affirmant qu'à l'évidence la vidéo précédente (et satirique[104],[105]) montrant Oussama Ben Laden n'était pas mal intentionnée. La plateforme affirme que les vidéos sur la situation des Ouïghours en Chine sont autorisées, et que la vidéo virale ne viole en rien sa politique de modération. La BBC note que si de telles vidéos sont présentes sur la plateforme, elles reçoivent en général beaucoup moins d'attention[104],[105],[262].
Manifestations de Hong Kong
En , TikTok est accusĂ© de supprimer des vidĂ©os des manifestations de Hong Kong, celles-ci Ă©tant presque totalement absentes lors d'une recherche avec le hashtag #HongKong, alors que ce mĂȘme hashtag rĂ©vĂšle un nombre trĂšs important de vidĂ©os des manifestations sur Twitter[263],[187],[264].
Les contenus utilisant les hashtags populaires liĂ©s aux manifestations sont Ă©galement quasi ou totalement absents de la plateforme. Le Washington Post relĂšve qu'il est impossible de savoir quelles vidĂ©os sont censurĂ©es sur TikTok en application de son interdiction des contenus haineux et extrĂ©mistes, les dĂ©cisions de ByteDance sur cette question Ă©tant trĂšs opaques et l'entreprise ne fournissant pas d'outils permettant Ă des personnes externes d'effectuer des recherches sur le sujet. Le journal note par ailleurs qu'il est possible que les utilisateurs de Hong Kong pratiquent l'autocensure en Ă©vitant de publier des contenus politiquement risquĂ©s sur une application trĂšs observĂ©e par les censeurs chinois. RĂ©pondant aux allĂ©gations de censure, TikTok affirme que la modĂ©ration des contenus pour ces utilisateurs est gĂ©rĂ©e par une Ă©quipe amĂ©ricaine qui n'est pas influencĂ©e par le gouvernement chinois. L'entreprise ne donne toutefois pas de dĂ©tails sur la maniĂšre dont ces contenus sont modĂ©rĂ©s et sur ce qui protĂšge l'Ă©quipe de modĂ©ration amĂ©ricaine de l'influence des autoritĂ©s chinoises. L'entreprise affirme Ă©galement que si les publications sur Hong-Kong sont si peu prĂ©sentes, c'est parce que la plateforme est consacrĂ©e au divertissement et non Ă la politique, les utilisateurs de l'application cherchant un « contenu positif et joyeux »[263],[187]. Elle ne fournit par contre pas de rĂ©ponse Ă la question de savoir si la politique de modĂ©ration des Ă©vĂšnements de Hong Kong est la mĂȘme sur TikTok que dans sa version chinoise Douyin[264].
Conflit sino-indien
En , lors du combat entre soldats chinois et indiens dans la vallée de Galwan, The Times of India affirme que TikTok effectue un shadow banning des vidéos relatives au combat et au conflit à la frontiÚre sino-indienne. Des recherches employant quelques-uns des hashtags associés aux vidéos sur le conflit, pourtant présentes sur la plateforme, ne donneraient aucun résultat ou des résultats portant uniquement sur de vieux contenus. Par ailleurs, d'autres hashtags liés à des sujets sensibles pour la Chine, comme les manifestations de Tian'anmen, ne donneraient pas de résultats pour les utilisateurs indiens de TikTok[265].
Diverses critiques
En , dans le sillage des manifestations de Hong Kong, le journal The Guardian obtient des documents confirmant une censure sur TikTok des contenus anti-gouvernement chinois ou considĂ©rĂ©s comme sensibles vis-Ă -vis d'autres gouvernements et sociĂ©tĂ©s[266],[267]. Cela inclut les contenus considĂ©rĂ©s comme des « diabolisations ou distorsions d'Ă©vĂ©nements historiques chinois » ou Ă©trangers, notamment le gĂ©nocide cambodgien, les Ă©meutes de 1998 en IndonĂ©sie et les manifestations de la place Tian'anmen. Les rĂšgles interdisent Ă©galement de « critiquer les lois et rĂšgles d'un pays », incluant notamment les critiques du systĂšme socialiste chinois, d'Ă©voquer « le sĂ©paratisme, les conflits religieux », et d'« exagĂ©rer des conflits entre personnes noires et blanches ». Dans tous ces cas, les vidĂ©os doivent ĂȘtre masquĂ©es et peu accessibles[268]. D'autres contenus semblent pouvoir ĂȘtre totalement supprimĂ©s, comme les vidĂ©os promouvant la discipline et le mouvement religieux Falun Gong, interdit en Chine. Les mentions de certaines personnalitĂ©s sont aussi bannies de la plateforme, notamment de « leaders Ă©trangers ou figures sensibles » comme Kim Jong-un, Vladimir Poutine, Barack Obama, Donald Trump ou Gandhi, mais pas le prĂ©sident chinois Xi Jinping[268],[269],[267]. TikTok rĂ©pond en affirmant que ces rĂšgles ne sont plus en vigueur depuis [269],[270], et que la plateforme aurait au dĂ©part adoptĂ© une approche « brute » pour minimiser les conflits sur la plateforme, avant de se dĂ©cider Ă modĂ©rer les contenus de façon plus locale. La plateforme affirme qu'elle travaillera avec des comitĂ©s locaux indĂ©pendants pour Ă©valuer en continu ses politiques de modĂ©ration et reconnaĂźt le besoin d'une plus grande transparence au sujet de ces politiques[271].
The Guardian rĂ©vĂšle ensuite des informations sur les rĂšgles locales, et un groupe de rĂšgles dit « Strict » alppliquĂ©es dans les pays Ă morale conservatrice, et un autre liĂ© Ă des pays spĂ©cifiques. Les rĂšgles « strictes » sont plus sĂ©vĂšres que les rĂšgles globales rĂ©vĂ©lĂ©es auparavant sur la nuditĂ© et la vulgaritĂ©, interdisant notamment les « fesses partiellement dĂ©nudĂ©es », les dĂ©colletĂ©s avec « une longueur de plus d'un tiers de la poitrine », et les descriptions dĂ©taillĂ©es de serviette hygiĂ©nique. Pour les rĂšgles liĂ©es Ă des pays spĂ©cifiques, le Guardian rĂ©vĂšle qu'en Turquie, sont interdites les images de consommation d'alcool, reprĂ©sentations des dieux « non-islamiques », l'homosexualitĂ© ou les mouvements pour les droits LGBT (toutes des pratiques et reprĂ©sentations lĂ©gales dans le pays, bien qu'il existe une loi contre les contenus « obscĂšnes »), le sĂ©paratisme kurde et les critiques de Mustafa Kemal AtatĂŒrk et du prĂ©sident Recep Tayyip ErdoÄan. Les responsables de TikTok rĂ©pondent Ă ces secondes rĂ©vĂ©lations en affirmant que les rĂšgles concernant la Turquie ne sont plus en vigueur[270],[269].
D'anciens employĂ©s de TikTok aux Ătats-Unis rapportent au Washington Post que les dĂ©cisions finales sur le retrait de contenus Ă©taient faites par des employĂ©s de ByteDance Ă PĂ©kin[272].
En France, en 2022, l'Arcom reproche à TikTok un manque de transparence, et ajoute que c'est la plateforme qui coopÚre le moins quand des questions lui sont posées[5].
De leurs cÎtés, la SACD, la SACEM et d'autres reprochent à TikTok de ne pas respecter le droit d'auteur, privant les artistes de revenus, faute de lutte contre « une a "piraterie audiovisuelle", assive sur l'application »[5].
L'enquĂȘte sĂ©natoriale de 2022, reproche Ă l'algorithme de recommandation de TikTok une totale opacitĂ© alors qu'il est une source d'informations privilĂ©giĂ©e pour des internautes qui comptent parmi les plus jeunes (gĂ©nĂ©ration Z comprise)[273]. Cet algorithme s'entraine sur des millions de trĂšs courtes vidĂ©os qui lui fournissent des « "donnĂ©es d'entraĂźnement" d'une richesse incomparable, en nombre et en qualitĂ© [âŠ] TikTok reconnaĂźt intervenir pour Ă©ditorialiser le fil "Pour Toi", tantĂŽt en rĂ©duisant la visibilitĂ© de certains contenus (shadow banning), tantĂŽt en en "poussant" d'autres. En outre, en dĂ©pit des dĂ©nĂ©gations de TikTok, cet algorithme dĂ©pend toujours des technologies et des ingĂ©nieurs chinois qui l'ont créé [âŠ] TikTok entretient le flou sur les moyens humains affectĂ©s Ă la lutte contre les fausses informations. Seul le chiffre des effectifs mondiaux Trust and Safety (40 000) est communiquĂ©, incluant toutes les Ă©quipes affectĂ©es Ă la sĂ©curitĂ© des contenus. Les contenus de dĂ©sinformation tardent par ailleurs Ă ĂȘtre retirĂ©s, faute de proactivitĂ©. Que ce soit pour signaler des comptes de mĂ©dias d'Ătat ou pour avertir de l'altĂ©ration d'un contenu par l'IA, les labellisations sont peu abouties. L'opacitĂ© est totale s'agissant du shadow banning, technique visant Ă censurer des contenus non en les retirant mais en les invisibilisant »[5].
TikTok a Ă©tĂ© utilisĂ© Ă des fins d'espionnage et de gĂ©olocalisation par ByteDance, pour traquer deux journalistes enquĂȘtant sur TikTok[274], et de nombreux Ătats s'inquiĂštent de l'ampleur de la collecte d'informations personnelles par la plate-forme.
En France, alors que l'application compte en 2022 plus de 22 millions d'utilisateurs, une enquĂȘte sĂ©natoriale[5] dĂ©nonce « des transferts de donnĂ©es d'utilisateurs de TikTok vers la Chine et vers des ingĂ©nieurs basĂ©s en Chine" ; et des mesures avĂ©rĂ©es de censure et de dĂ©sinformation au bĂ©nĂ©fice de la Chine, de ses prioritĂ©s gĂ©opolitiques et des intĂ©rĂȘts du Parti communiste chinois » (« Le fait que l'application reste dans l'orbite des autoritĂ©s chinoises pourrait permettre Ă celles-ci, par exemple, de reconstituer, via les donnĂ©es collectĂ©es, l'organigramme d'une organisation, administration ou entreprise, afin d'en identifier les Ă©lĂ©ments pertinents en vue d'initier des actions d'espionnage ; d'identifier les habitudes de ces personnes pour faciliter ces mĂȘmes actions ; de collecter des informations prĂ©cises sur une personne pour construire un e-mail personnalisĂ© pertinent dans le cadre d'une cyberattaque ; d'identifier certains lieux particuliĂšrement stratĂ©giques pour l'Ătat et les personnes qui les frĂ©quentent de maniĂšre habituelle ; de lancer une campagne de dĂ©sinformation lors d'une crise internationale au profit de la Chine ou de ses alliĂ©s ; de favoriser, lors d'Ă©lections nationales ou locales, certains candidats »)[5]. Selon cette enquĂȘte, « TikTok collecte un grand nombre de donnĂ©es, comme d'autres applications (Google, Facebook, YouTube, etc.), directement auprĂšs de l'utilisateur (date de naissance, numĂ©ro de tĂ©lĂ©phoneâŠ), ou via son tĂ©lĂ©phone (adresse IP, carnet d'adresses, calendrier, contenu du presse-papier, localisationâŠ). Mais aussi des donnĂ©es via le profilage algorithmique, lui-mĂȘme issu de l'interaction permanente et trĂšs rapide de l'utilisateur avec le fil « Pour Toi ». Ceci permet Ă l'application de dĂ©duire des caractĂ©ristiques que l'individu n'a pas activement rĂ©vĂ©lĂ©es. La plateforme dresse ainsi un profil psychologique de ses utilisateurs et peut l'utiliser Ă des fins commerciales ou pour d'autres finalitĂ©s indĂ©terminĂ©es »[5] (ce qui Ă©tait reprochĂ© Ă Aggregate IQ dans le cas du scandale Facebook-Cambridge Analytica). De plus, « TikTok entend faire reposer le principe de « minimisation » de la collecte sur une dĂ©marche volontaire de l'utilisateur, ce qui est contraire au RGPD. La politique de confidentialitĂ© ne permet pas de comprendre les finalitĂ©s de cette collecte »[5]. Enfin, l'enquĂȘte dĂ©plore que ces donnĂ©es personnelles circulent : « stockĂ©es sur des serveurs basĂ©s aux Ătats-Unis, en Malaisie et Ă Singapour, elles sont aussi partagĂ©es avec des prestataires de services ou des sociĂ©tĂ©s du groupe TikTok â non nommĂ©s â Ă©galement situĂ©s hors Union europĂ©enne, en particulier en Chine, et qui disposent d'un accĂšs Ă distance. La politique de confidentialitĂ© Ă destination des utilisateurs, opaque sur ce point comme sur beaucoup d'autres, indique seulement que ces partages de donnĂ©es permettent d'« assurer certaines fonctions ». InterrogĂ©s par la Commission d'enquĂȘte (2023), les reprĂ©sentants de TikTok ont constamment Ă©ludĂ© cette question »[5].
En 2025, Ă l'assemblĂ©e nationale, une Commission d'enquĂȘte sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, montre que TikTok n'a pas changĂ©, avec un « constat sans Ă©quivoque d'une large diffusion des contenus nĂ©fastes » (« des contenus nĂ©fastes dont la nouveautĂ© tient Ă leur volumĂ©trie et Ă leur viralité »). L'application TikTok est toujours basĂ©e sur un modĂšle d'Ă©conomie de l'influence basĂ© sur l'utilisation ou la vente de donnĂ©es personnelles et d'une publicitĂ© ciblĂ©e, construite sur un format court et vertical, un algorithme opaque et un design addictifs, conçus pour capter l'attention de l'utilisateur via une « viralitĂ© Ă tout prix â un algorithme qui met en avant les contenus extrĂȘmes pour faire des vues⊠et dĂ©fendre un agenda politique ? [âŠ] un principe de rĂ©compense alĂ©atoire » inspirĂ© des jeux d'argent, associĂ© Ă une « fausse promesse de l'argent facile et rapide » ............
Le 29 juillet 2020, TikTok fait de TikTok Irlande son reprĂ©sentant lĂ©gal dans l'UE au sens du RGPD (la Data Protection Commission irlandaise (DPC) devient alors la seule entitĂ© Ă pouvoir contraindre TikTok dans toute l'UE pour ce qui concerne le RGPD[5]. Ce choix permet Ă TikTok d'Ă©chapper Ă la CNIL (qui a nĂ©anmoins fin dĂ©cembre 2022, en s'appuyant sur la loi Informatique et LibertĂ©s, donnĂ© une amende de 5 millions d'euros Ă TikTok pour son utilisation de cookies illĂ©gaux sur tiktok.com). En 2022, La DPC enquĂȘte sur le traitement par TikTok des donnĂ©es personnelles des moins de 18 ans, et sur la captation de donnĂ©es personnelles envoyĂ©es de l'UE vers la Chine[5].
Utilisateurs considérés comme peu attrayants
En 2020, les responsables de l'application TikTok sont accusĂ©s par le magazine anglais The Intercept de censurer les personnes laides, grosses, pauvres ou handicapĂ©es, pour diffuser des vidĂ©os plus attrayantes. Ils dĂ©mentent cette information et nomment, dans diffĂ©rents pays, des responsables pour la confiance et la sĂ©curitĂ©[275]. Des cas de censure de personnes handicapĂ©es continuent nĂ©anmoins d'ĂȘtre dĂ©noncĂ©es par des militants[276],[277],[278].
Réponse de TikTok aux controverses
Fin 2019, réagissant aux controverses sur la censure, ByteDance engage le cabinet d'avocat américain K&L Gates (en), dont les anciens membres du CongrÚs Bart Gordon et Jeff Denham, pour la conseiller sur les politiques de modération de TikTok[28],[29], ainsi que le cabinet de lobbying américain Monument Advocacy[27].
En , TikTok admet que ses pratiques « ne sont pas sans reproche » et annonce la création d'un centre de modération « transparent » à Los Angeles. Des observateurs externes pourront y évaluer comment TikTok régule ses contenus, et ils auront à terme accÚs au code de l'application, pour juger de ses efforts faits en matiÚre de sécurité et de vie privée et aider à « améliorer sa politique de modération et ses systÚmes de sécurité »[279]. Début , ce centre est visité par des journalistes et révÚle certains détails de l'algorithme[280].
En 2021, TikTok s'est engagĂ© Ă n'accepter aucune « publicitĂ© politique payante » et se dit rĂ©solu « à lutter contre la prolifĂ©ration de la dĂ©sinformation sur sa plateforme », en se faisant aider (via des partenariats) par « des organisations de vĂ©rification des faits, notamment l'Agence France-Presse (AFP), Animal PolĂtico, EstadĂŁo Verifica, Lead Stories, Newtral, Pagella Politica, PolitiFact, SciVerify, Teyit & Vishvas News »[281]. Un « centre de transparence et de responsabilité » est annoncĂ© pour 2022 en Irlande, ouvert aux dĂ©cideurs politiques, rĂ©gulateurs, chercheurs et experts industriels » ; des « tours virtuels » sont organisĂ©s (sur inscription) dĂšs 2021[282].
Confidentialité et sécurité
La plateforme et son application suscitent de nombreuses controverses sur sa sécurité et sa confidentialité[283],[284]. Dans sa politique de confidentialité, TikTok affirme collecter, entre autres, des informations sur l'utilisation (en), l'adresse IP, l'opérateur téléphonique, l'identifiant unique de l'appareil, la dynamique de frappe au clavier, et les données de géolocalisation[285],[286],[287].
En , le Wall Street Journal rapporte que la version Android de l'application TikTok a rĂ©coltĂ© jusqu'en des identifiants d'appareils, notamment les adresses MAC et les IMEI, en contournant une interdiction de Google, le dĂ©veloppeur d'Android. Profitant d'une faille, le rĂ©seau social a ainsi pu rĂ©colter des donnĂ©es lui permettant de suivre les activitĂ©s en ligne des utilisateurs, et ce, sans leur consentement ni mĂȘme en leur laissant la possibilitĂ© de retirer ce tracking[288],[289],[290].
La politique de confidentialité de TikTok indique que la plateforme peut partager les données des utilisateurs avec sa société mÚre ByteDance, une filiale ou une entité affiliée du groupe[265],[286]. Elle peut ainsi partager des données avec son pendant chinois Douyin, qui possÚde une politique destinée à la protection de la sécurité nationale chinoise. Celle-ci indique notamment que l'entreprise « ne nécessite pas d'autorisation pour la collecte et l'utilisation d'informations personnelles »[265].
Plusieurs gouvernements accusent TikTok d'ĂȘtre un Cheval de Troie du gouvernement chinois[291]. Selon Fergus Ryan, analyste Ă l'Institut australien de stratĂ©gie politique, TikTok est obligĂ©e de donner accĂšs Ă ses donnĂ©es si les services de renseignements chinois le lui demandent et de tenir cet accĂšs secret. Il cite la rĂšglementation du pays en matiĂšre de renseignement, notamment la loi chinoise sur le renseignement national, dont l'article 7 indique que « Toute organisation ou citoyen doit, en accord avec la loi, soutenir, apporter assistance et coopĂ©rer avec le travail de renseignement national et garder le secret sur tout travail de renseignement national dont ils ont connaissance ». Dans d'autres pays, la situation serait diffĂ©rente, par exemple aux Ătats-Unis oĂč Apple a publiquement refusĂ© de dĂ©crypter les donnĂ©es d'un iPhone pour la police fĂ©dĂ©rale[260], qui a ensuite poursuivi l'entreprise en justice pour les obtenir[292].
Ă la suite de diverses controverses en 2020, ByteDance produit un rapport qui affirme notamment que les Ătats-Unis auraient fait des demandes d'accĂšs Ă des comptes d'utilisateurs, mais pas la Chine, y compris concernant les manifestations de 2019-2020 Ă Hong Kong[275].
Australie
En Australie, l'application est lancée en et devient rapidement populaire, atteignant 1,5 million d'utilisateurs en [293]. En , TikTok ouvre un bureau dans le pays[294].
En , le SĂ©nat australien ouvre un comitĂ© d'enquĂȘte sur l'ingĂ©rence Ă©trangĂšre par les rĂ©seaux sociaux, pour analyser notamment les risques de dĂ©sinformation par ce biais. Un parlementaire avance que TikTok pose question au vu de son dĂ©veloppement et de sa gestion dans une sociĂ©tĂ© illibĂ©rale, critique sa censure de contenus anti-gouvernement chinois, et note les risques d'utilisation des rĂ©seaux sociaux en matiĂšre d'espionnage, d'opĂ©rations d'influence, de censure Ă des fins de propagande et mĂȘme d'ingĂ©rence Ă©lectorale[295]. En , la prĂ©sidente du comitĂ© d'enquĂȘte affirme que les experts interrogĂ©s sont prĂ©occupĂ©s par TikTok, et appelle ses responsables Ă se prĂ©senter devant le comitĂ© d'enquĂȘte en accusant le gouvernement de manquer de « leadership » face Ă ce problĂšme[260].
Le directeur général de TikTok Australie affirme que TikTok ne partage les données des utilisateurs australiens avec aucun gouvernement étranger, y compris le gouvernement chinois, et que la plateforme refuserait un tel partage en cas de demande[296]. Il souligne que les données des utilisateurs australiens sont stockées à Singapour et que la plateforme « tente de minimiser l'accÚs aux données à travers les régions ». Pour Fergus Ryan, analyste à l'Institut australien de stratégie politique, cette formulation est une maniÚre indirecte de dire que des données d'utilisateurs australiens de TikTok transitent par la Chine, ce qui ferait sens pour que les ingénieurs situés à Pékin puissent travailler sur l'application. Selon Ryan, cela est « particuliÚrement inquiétant », les lois chinoises sur le renseignement obligeant toute entreprise du pays à fournir ses données sur demande et à ne pas en parler le cas échéant[260].
Ătats-Unis
En , le sĂ©nateur dĂ©mocrate Chuck Schumer et le sĂ©nateur rĂ©publicain Tom Cotton demandent Ă la direction du renseignement national d'Ă©valuer les risques d'espionnage que TikTok et d'autres plateformes chinoises de contenu opĂ©rant aux Ătats-Unis posent au pays. Ils estiment notamment que ByteDance est obligĂ© de respecter les lois chinoises et donc de coopĂ©rer avec les services de renseignement du Parti communiste chinois, mĂȘme si les donnĂ©es des utilisateurs sont stockĂ©es aux Ătats-Unis. Ils citent en particulier la nouvelle loi chinoise sur le renseignement national entrĂ©e en vigueur en 2017, craignant que l'application n'offre aux renseignements chinois un accĂšs secret aux smartphones et ordinateurs des utilisateurs, accusation similaire Ă celle faite contre les fabricants d'Ă©quipements de tĂ©lĂ©communication et de smartphones Huawei et ZTE. Ils s'inquiĂštent Ă©galement de l'apparente censure des contenus jugĂ©s « trop politiquement sensibles Ă l'encontre du Parti communiste chinois », et expriment des craintes sur l'utilisation de TikTok par la Chine pour faire pression sur l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2020. TikTok dĂ©ment fermement ces accusations, affirmant qu'aucun gouvernement Ă©tranger ne l'influence, que ses centres de donnĂ©es sont situĂ©s hors de la Chine et que ses donnĂ©es ne sont pas soumises Ă la loi chinoise. Le rĂ©seau social dĂ©ment Ă©galement censurer des contenus qui dĂ©rangeraient le gouvernement chinois, et affirme n'avoir jamais reçu une demande de ce genre, ajoutant qu'il ne la respecterait pas le cas Ă©chĂ©ant[200],[297],[298],[299],[300].
Le mĂȘme mois, le sĂ©nateur rĂ©publicain Josh Hawley invite Apple et TikTok Ă tĂ©moigner devant le CongrĂšs amĂ©ricain, lors d'une audition sur le numĂ©rique, les donnĂ©es personnelles et la Chine. TikTok refuse en citant un dĂ©lai trop court et Apple ne fait pas de commentaire[199].
Le 28 fĂ©vrier 2023, le gouvernement fĂ©dĂ©ral des Ătats-Unis interdit l'utilisation de TikTok sur les appareils professionnels des employĂ©s des agences fĂ©dĂ©rales, au motif que subsistaient des inquiĂ©tudes concernant la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es des utilisateurs[301],[302]. Cette interdiction est Ă but prĂ©ventif, car les mĂ©thodes de collecte de donnĂ©es de TikTok permettent un large accĂšs au contenu des appareils[303].
Le gouvernement américain envisage son bannissement total, au nom de la sécurité[304].
La Chambre des reprĂ©sentants des Ătats-Unis le texte qui menace de bannir TikTok aux Ătats-Unis. L'entreprise chinoise ByteDance, propriĂ©taire de TikTok, doit cĂ©der sous six mois son application sous peine d'interdiction dans le pays[305].
Le , Le ministÚre américain de la Justice et la Federal Trade Commission, intente une action en justice contre TikTok et sa société mÚre ByteDance pour avoir violé une loi interdisant aux entreprises de collecter et d'utiliser les informations personnelles des enfants de moins de 13 ans[306].
Inde
En Inde, la plateforme est sujette à des controverses sur les risques qu'elle poserait aux données de ses utilisateurs[42] et à la sécurité et souveraineté de l'Inde dans le cyberespace[170], dans un contexte de conflit militaire du pays avec la Chine.
Entreprises
En , Amazon demande Ă ses employĂ©s de supprimer l'application de tout tĂ©lĂ©phone ayant accĂšs Ă ses mails internes, citant des « risques pour la sĂ©curité », avant de revenir quelques heures plus tard sur cette communication, qu'elle qualifie d'erreur[307],[308]. Selon Susan Ariel Aaronson, professeure Ă l'UniversitĂ© George-Washington et experte de la gouvernance des donnĂ©es et de la sĂ©curitĂ© nationale, Amazon pourrait avoir craint un accĂšs de l'application aux donnĂ©es de ses employĂ©s en raison des accusations de vols rĂ©pĂ©tĂ©s de propriĂ©tĂ© intellectuelle que le gouvernement amĂ©ricain porte contre la Chine. L'entreprise aurait aussi pu ĂȘtre partiellement motivĂ©e par une volontĂ© de ne pas froisser l'administration Trump, avec laquelle elle est en conflit[309]. TikTok publie un communiquĂ© affirmant que la sĂ©curitĂ© de ses utilisateurs est « de la plus haute importance », et que bien que les craintes ne lui soient toujours pas claires, elle est ouverte Ă un dialogue avec Amazon[308],[309].
La banque amĂ©ricaine Wells Fargo dit avoir demandĂ© Ă certains employĂ©s ayant installĂ© l'application sur des tĂ©lĂ©phones professionnels de la dĂ©sinstaller, en raison des controverses sur la confidentialitĂ© et la sĂ©curitĂ© de TikTok, et du fait que des tĂ©lĂ©phones professionnels ne devraient pas ĂȘtre utilisĂ©s Ă d'autres fins[308].
Contenu et mĆurs
Contenus d'ordre sexuel
Une des controverses dont l'application fait l'objet est celle d'encourager le narcissisme et l'hypersexualisation de ses utilisateurs, souvent trĂšs jeunes. Par voie de consĂ©quence, elle pourrait ĂȘtre une plateforme de choix pour les prĂ©dateurs sexuels[310].
En Ăgypte, deux influenceuses sont arrĂȘtĂ©es pour avoir fait crĂ©er des comptes et publiĂ© des vidĂ©os qui incitent Ă l'immoralitĂ© et Ă des comportements allant Ă l'encontre des valeurs familiales Ă©gyptiennes. Une autre est arrĂȘtĂ©e pour des faits similaires et accusĂ©e de trafic d'ĂȘtres humains pour avoir tentĂ© de recruter d'autres influenceuses afin de « faire des rencontres » et « publier des vidĂ©os de divertissement » contre de l'argent, incitant ainsi des jeunes filles Ă commettre des actes « inappropriĂ©s » en profitant de la situation Ă©conomique difficile[311].
En Inde, avec plus de deux cents millions d'utilisateurs actifs en (43 % du total à ce moment)[312], TikTok suscite plusieurs polémiques. En 2018, elle est accusée de faire la promotion de la pornographie et de la pédophilie, en raison du nombre grandissant d'adolescents et de jeunes adultes se mettant en scÚne dans des positions ou des scénarios sexualisés, dans un pays trÚs attaché aux valeurs morales et religieuses de l'hindouisme. En , la Haute Cour de Madras accuse TikTok de propager des contenus pornographiques[161],[162] et TikTok retire environ 6 millions de vidéos controversées[165].
En , des documents internes Ă©tudiĂ©s par le quotidien The Guardian rĂ©vĂšlent les consignes liĂ©es Ă la pĂ©dopornographie : les vidĂ©os signalĂ©es comme reprĂ©sentant des mineurs, si les modĂ©rateurs ne parviennent pas Ă dĂ©terminer si la victime a l'air d'avoir moins de 18 ans, devaient par dĂ©faut ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme adulte. Andy Burrows, expert et militant pour la protection de l'enfance (en) en ligne, critique ce qu'il considĂšre comme une « approche cavaliĂšre », notamment parce que TikTok reconnaĂźt Ă l'Ă©vidence dans ces documents internes l'existence de vidĂ©os reprĂ©sentant des personnes qui semblent mineures en « tenues sexy » ou « dansant de maniĂšre sĂ©duisante », utilisant mĂȘme l'expression de « pornographie de mineurs »[270]. ByteDance rĂ©pond Ă ces rĂ©vĂ©lations en affirmant que ce document n'est plus valide[268] et qu'elle a depuis dĂ©cidĂ©, de traiter comme telles les vidĂ©os Ă caractĂšre sexuel qui semblent montrer des mineurs[270].
Humour dégradant
Sur TikTok, les cas de sexisme explicite sont marginaux, mais persistants ; pour Ă©largir leur audience tout en respectant les normes imposĂ©es, les crĂ©ateurs de contenu produisent des vidĂ©os et de dramas devant ĂȘtre suffisamment neutres et non discriminantes, qui n'empĂȘchent pas, parfois, la prĂ©sence de violence physique et verbale Ă©dulcorĂ©e, cachĂ©e derriĂšre des codes esthĂ©tiques et/ou humoristiques. Certains contenus viraux exploitent les limites de tolĂ©rance des plateformes en recourant Ă un humour Ă connotation sexuelle, qui participe Ă la reproduction de rapports dâinfĂ©rioritĂ© puisque selon le HCE (2023),l'algorithme de TikTok offre aux internautes une image dĂ©gradante des femmes dans 20âŻ% des contenus Ă©tudiĂ©s (dont plus de la moitiĂ© (53âŻ%) relĂšvent de situations dâhumiliation), contribuant donc Ă la persistance de stĂ©rĂ©otypes et de reprĂ©sentations nĂ©gatives portant atteinte Ă leur dignitĂ©[313].
Les deux genres dominants de TikTok sont lâhumour et le divertissement. Dans ces catĂ©gories, le contenu moqueur, humiliant ou dĂ©gradant pour les femmes, tournĂ©es en dĂ©rision Ă travers des mises en scĂšne suggestives ou dĂ©valorisantes (gestes Ă connotation sexuelle, comportements ridiculisĂ©s) est de 42,5âŻ% (soit le double de la moyenne des autres catĂ©gories). Les rapports de couple stĂ©rĂ©otypĂ©s (hĂ©tĂ©rosexuel traditionnel) y sont majoritaires (36âŻ% des interactions entre femmes et hommes), et souvent exploitĂ©s pour ridiculiser la femme, par exemple en la montrant comme hystĂ©rique face Ă un dĂ©sordre prĂ©alablement causĂ© par lâhomme, suggĂ©rant que le mĂ©nage relĂšve de sa responsabilitĂ©. Des connotations sexuelles ou violentes sont souvent suggĂ©rĂ© par des Ă©lĂ©ments sonores ou visuellement suggestifs[313].
Hashtag #Autismchallenge
En , des utilisateurs de TikTok lancent, sous le hashtag #Autismchallenge, une parodie des mouvements et des expressions faciales des personnes autistes, Ă travers des grimaces et des imitations de danses malhabiles[314]. Ce dĂ©fi est qualifiĂ© d'« humiliation » sur le site web handicap.fr, et suscite une rĂ©action de la secrĂ©taire d'Ătat française aux personnes handicapĂ©es Sophie Cluzel, qui juge ce challenge « consternant »[314].
La tendance #SkinnyTok
Apparue sur TikTok en janvierâŻ2025 en continuitĂ© de mouvements proâanorexiques antĂ©rieurs, et susceptibles de favoriser des troubles du comportement alimentaire, elle dĂ©signe des contenus valorisant la maigreur extrĂȘme et des restrictions alimentaires potentiellement dĂ©lĂ©tĂšres.
Selon l'Arcom, en deu jours (les 23 et le 24âŻavrilâŻ2025), 5âŻ500 publications Ă©manant de 3âŻ000 crĂ©ateurs, majoritairement en anglais (80âŻ%) et en français (7âŻ%), ont cumulĂ© 97âŻmillions de vues et 9,5âŻmillions de mentions «âŻj'aimeâŻÂ». PortĂ©e par des influenceuses, la tendance recourt Ă des injonctions culpabilisantes et Ă des slogans dĂ©tournĂ©s de motivations prĂ©tendument «âŻhealthyâŻÂ», visant principalement un public fĂ©minin et banalisant des conduites alimentaires Ă risque.
Ă la suite d'une pĂ©tition «âŻStopâŻ#SkinnyTokâŻÂ» lancĂ©e par une infirmiĂšre (CharlyneâŻBuigues), la ministre chargĂ©e de l'intelligence artificielle et du numĂ©rique, ClaraâŻChappaz, a saisi l'Arcom et la Commission europĂ©enne[315], conduisant au blocage du hashtag en juinâŻ2025, mais des contenus similaires ont continuĂ© de circuler sous d'autres motsâclĂ©s (#FearFood...), montrant que les producteurs contournent les mesures de modĂ©ration. Le discours promouvant la maigreur extrĂȘme sur la plateforme persiste sur TikTok.
Propagande de l'Ătat islamique
En , le Wall Street Journal relĂšve que l'organisation djihadiste Ătat islamique (EI) publiait des vidĂ©os de propagande sur 20 comptes montrant, entre autres, des cadavres exhibĂ©s dans les rues et des combattants de l'EI armĂ©s. Les comptes auraient moins de 1000 abonnĂ©s[316]. L'information est ensuite confirmĂ©e par un collaborateur anonyme de TikTok, qui affirme que 10 comptes ont Ă©tĂ© supprimĂ©s, sans donner d'informations sur les 10 autres comptes, et que l'essentiel des vidĂ©os avaient un nombre trĂšs faible de vues[317]. TikTok affirme que les comptes promouvant des organisations terroristes n'ont pas leur place et que leurs auteurs verront leurs comptes et leurs appareils bloquĂ©s[318].
Propagande nazie
En septembre 2024, un rapport de l'ONG américaine Media Matters signale des vidéos de discours traduits par IA d'Adolf Hitler devenant virales sur TikTok (plus d'un million de vues pour certaines)[319],[320]. Le média britannique Sky News dénombre prÚs de 70 000 vidéos aux contenus nazis relayant des discours d'Adolf Hitler[321].
Masculinisme et sexisme
Depuis le milieu des annĂ©es 2010, de nombreuses Ă©tudes[322],[323],[324],[325],[326],[327] montrent que l'idĂ©ologie masculiniste est trĂšs prĂ©sente sur certaines plateformes ; algorithmiquement encouragĂ©e sur TikTok (oĂč, intentionnellement ou non, elle cause des dommages mentaux, sociaux et sociĂ©taux, largement dĂ©montrĂ©s[328] et analysĂ©s (2025) par deux criminologues canadiens (Samuel Tanner et François Gillardin)[327].
Un rapport (2023) du Haut Conseil Ă l'Ă©galitĂ© entre les femmes et les hommes (HCE) sur le «âŻcercle vicieux du sexismeâŻÂ»[313] a confirmĂ© que l'algorithme de TikTok diffuse massivement des stĂ©rĂ©otypes de genre, avec 35âŻ% des vidĂ©os analysĂ©es montrant un comportement fĂ©minin stĂ©rĂ©otypĂ© (dĂ©peignant les femmes comme rĂ©servĂ©es et calmes (18âŻ%), hystĂ©riques (16âŻ%) ou sĂ©ductrices (13âŻ%), pendant que les 61âŻ% de vidĂ©os restantes montraient des stĂ©rĂ©otypĂ©s masculins avec comme archĂ©type dominant «âŻlâhomme humoristeâŻÂ» ( 33âŻ% des contenus de divertissement et 32âŻ% relevant de lâhumour, et « dans le cas de lâhumour et du divertissement, qui sont les deux genres de contenus les plus reprĂ©sentĂ©s sur TikTok, le nombre de reprĂ©sentations dĂ©gradantes des femmes atteint 42,5 %. »). Ce biais de reprĂ©sentation contribue, selon le HCE, Ă renforcer la reproduction des rĂŽles genrĂ©s et la banalisation de la violence symbolique envers les femmes sur la plateforme.
L'idĂ©ologie masculiniste y est notamment portĂ©e par des profils d'influenceurs clivants autoproclammĂ©s ou Ă©tiquetĂ©s Coachs de SĂ©duction. Elle l'est aussi par une communication toxique, ici dĂ©finie par les sociopsychologues et psychiatres comme produisant des reprĂ©sentations tronquĂ©es, inexactes, biaisĂ©es et discriminatoires des femmes et des personnes ne se reconnaissant pas dans les stĂ©rĂ©otypes de cette masculinitĂ©. Cette communication masculiniste a par exemple Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es par Banet-Weiser et Miltner (2016)[322] et par Bauer (2023)[323] qui ont montrĂ© qu'elle crĂ©e, exacerbe ou met en scĂšne les relations de genre sous l'angle de la domination masculine, avec des propos dĂ©nigrants, dĂ©valorisants ou diffamatoires envers les genres fĂ©minins et non binaires[325],[328],[329], en couvrant un spectre allant de violations de l'Ătat de droit (discours de haine, cyberharcĂšlement, incitation Ă la haine, diffamation) Ă des discours, comportements ou images non pĂ©nalisĂ©(e)s, mais psychiquement et socialement nuisibles, de promotion de stĂ©rĂ©otypes sexistes (ex : assignation des femmes Ă la sphĂšre domestique), en passant par des pratiques de trolling. Ce registre mobilise la notion de masculinitĂ© hĂ©gĂ©monique (dĂ©finie en 2005 par Connell & Messerschmidt comme les pratiques, postures et attitudes visant Ă maintenir une position dominante du genre masculin vis Ă vis des autres catĂ©gories de genre). Sur TikTok, ces masculinitĂ©s promeuvent des modĂšles d'idĂ©aux, de fantasmes et de dĂ©sirs orientant les relations avec les femmes conforme Ă l'hĂ©gĂ©monie masculine ; la masculinitĂ© hĂ©gĂ©monique est ici un modĂšle de pratiques hĂ©tĂ©ronormatives et de hiĂ©rarchisation entre hommes et femmes plutĂŽt qu'un type physique d'hommes. TikTok, au sein de chambres d'Ă©cho promeut ainsi une lĂ©gitimation de la domination masculine, tout en tenant compte comme on le voit dans d'autres domaines de l'hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© interne au groupe des hommes[330]. Dans ce cadre, la « communication toxique » valorise une masculinitĂ© machiste, dominante et contrĂŽlante, en diffusant un discours diffamatoire envers les genres «âŻnon-masculinsâŻÂ», ciblant les femmes par des reprĂ©sentations stĂ©rĂ©otypĂ©es, voire diffamatoires, et prĂ©sentant souvent les hommes comme victimes d'une supposĂ©e «âŻgynocratieâŻÂ»[329],[331], contribuant Ă une culture de haine des femmes, ce que dĂ©nonce P Ferrari en 2023[332].
Une Ă©tude anglo-amĂ©ricaine (2024) soulignait en outre que « les contenus prĂ©judiciables sont transformĂ©s en jeux et prĂ©sentĂ©s comme des divertissements » par le biais d'algorithmes qui les font alors paraitre plus anodins tout en les rendant plus addictifs[333]. AprĂšs avoir notamment créé quatre faux profils d'adolescents sur TikTok, selon quatre « archĂ©types » diffĂ©rents (correspondant Ă des centres d'intĂ©rĂȘt et des prĂ©occupations que peuvent avoir des garçons pendant l'adolescence). Chaque jour, les profils regardaient des TikToks pendant une heure : l'Ă©tude a conclus qu'aprĂšs cinq jours d'utilisation de TikTok, le niveau de misogynie de la page « Pour toi » de TikTok Ă©tait multipliĂ© par quatre - quel que soit l'archĂ©type considĂ©rĂ©[333].
Le rapport annuel 2023 sur le sexisme en France souligne que « les "raids" masculinistes se multiplient en ligne pour rĂ©duire les femmes au silence ou les discrĂ©diter[334]», en lien, notamment, avec la mise en avant par TikTok d'influenceurs comme Andrew Tate « dont les vidĂ©os engrangent des milliards de vues sur TikTok, Instagram ou encore YouTube[334] ». Le rapport annuel 2024 prĂ©cise que sur TikTok, «les vidĂ©os dites humoristiques sont dominĂ©es par des reprĂ©sentations dĂ©gradantes et humiliantes des femmes (42,5 %)»[334]. « La plateforme favorise, par les mĂ©canismes de viralisation des contenus problĂ©matiques, la diffusion d'idĂ©ologies politiques nĂ©gatives et contraires aux droits humains. Racisme, antisĂ©mitisme, glorification du terrorisme, sexisme... les dĂ©rives sont nombreuses. Lors de nos auditions, une mouvance est particuliĂšrement ressortie, nous conduisant Ă y dĂ©dier une table-ronde : le masculinisme, qui connaĂźt un fort retentissement sur l'application. Des discours appelant Ă dominer, humilier, ou dĂ©nigrer les femmes y sont largement diffusĂ©s, particuliĂšrement chez les jeunes voire les trĂšs jeunes. L'audition du masculiniste Alex Hitchens a Ă©tĂ© particuliĂšrement commentĂ©e chez les collĂ©giens. » Le rapport estime que TikTok est devenu une plateforme centrale pour la diffusion du discours masculiniste, d'abord introduit de maniĂšre anodines (via les sujets de musculation, sĂ©duction, style de vie) avant de conduire l'utilisateur vers des communautĂ©s privĂ©es plus radicales. ShanleyâŻClemotâŻMcLaren, cofondatrice de l'association StopâŻFisha, rappelle en 2025 que 60âŻ% des femmes dĂ©clarent avoir subi des violences en ligne et qu'elles sont 27âŻfois plus susceptibles que les hommes d'ĂȘtre harcelĂ©es. La journaliste PaulineâŻFerrari dĂ©crit TikTok comme un «âŻcatalyseurâŻÂ» de radicalisation, notant qu'un jeune homme peut ĂȘtre exposĂ© Ă ce type de contenus en moins de vingt minutes de navigation. Le doctorant TristanâŻDuvernĂ© a illustrĂ© l'aspect algorithmique du problĂšmeâŻ: un dĂ©bat sur la fĂ©minitĂ© d'une streameuse a accru l'audience de 45âŻ% en deux minutes, montrant que les offenses servent souvent Ă maximiser la visibilitĂ©. De plus, note le rapprort, les contenus, violents ou choquants de TikTok, circulent souvent ensuite, massivement, entre plateformes (Instagram, Snapchat, Facebook X, etc.), leurs producteurs adaptant leurs publications aux rĂšgles et codes des autres plateformes pour contourner la modĂ©ration. Ce rapport a comme recommandation n°3 du prĂ©sident : « Renforcer le cadre juridique des dĂ©lits sexistes en ligne et du cyberharcĂšlement en y intĂ©grant la lutte contre l'idĂ©ologie masculiniste »[335].
Lors des auditions des dirigeants de TikTok, jugĂ©es dĂ©cevantes ; et marquĂ©e par le refus d'apporter des rĂ©ponses substantielles, par la langue de bois et un refus de transparence ; illustrĂ©s par des questionnaires restĂ©s sans suite et des visites de modĂ©ration refusĂ©es ou strictement encadrĂ©es (« [âŠ] Ă Dublin uniquement Transparency and Accountability Center, pour une durĂ©e d'une heure sans possibilitĂ© d'Ă©changer avec des salariĂ©s. [âŠ] Forte de moyens colossaux et grĂące Ă une vitrine composĂ©e de salariĂ©s courtois et bien prĂ©parĂ©s, TikTok a tentĂ© de sauver son image de marque. L'audition marathon Ă l'AssemblĂ©e nationale restera nĂ©anmoins marquĂ©e par ces quelques moments oĂč, derriĂšre les rĂ©ponses lisses et les attitudes impassibles, les visages des reprĂ©sentants de TikTok se liquĂ©fiaient quand ils Ă©taient confrontĂ©s Ă la violente rĂ©alitĂ© de certains contenus ou propos prĂ©sents sur la plateforme. Que dire Ă©galement de ces dirigeants qui, confrontĂ©s par exemple aux propos masculinistes d'Alex Hitchens, et alors que nous Ă©voquions la possibilitĂ© d'interroger la responsable Europe sur ces contenus l'aprĂšs-midi, ont « fait le mĂ©nage » sur la pause mĂ©ridienne en suspendant ses nombreux comptes, avant de les rĂ©activer le lendemain et en ne supprimant que les vidĂ©os les plus problĂ©matiques. Le sexisme plus ou moins diffus, l'environnement misogyne qui flirte avec les limites du judiciarisable, semble donc avoir sa place sur TikTok, comme sur de nombreuses plateformes. [âŠ] La responsable des politiques de sĂ©curitĂ© a nĂ©anmoins osĂ© affirmer que TikTok Ă©tait un « environnement sĂ»r », un slogan mirage rappelant le temps oĂč les alcooliers martelaient que l'alcool Ă petite dose Ă©tait bon pour la santĂ©, ou ces cigarettiers qui faisaient de la promesse d'Ă©mancipation un levier de dĂ©sirabilitĂ© du produit. L'aspect Ă©conomique prime Ă©videmment derriĂšre la vitrine d'une application soi-disant destinĂ©e Ă forger des communautĂ©s. TikTok Shop, rĂ©cemment lancĂ© en France, est devenu en quelques semaines une plateforme de dropshippingoĂč les produits de basse qualitĂ© fabriquĂ©s en Asie sont revendus Ă moindre coĂ»t, tout cela Ă©tant bien sĂ»r largement encouragĂ© par la plateforme qui positionne des influenceurs faisant la promotion en continu de ces mĂȘmes produits bas de gamme. Notons que la page d'e-commerce de Tiktok est dĂ©sormais situĂ©e entre les fils âPour toiâ (contenu suggĂ©rĂ©, automatiquement proposĂ© Ă l'ouverture de la plateforme) et âSuivisâ (contenus auxquels l'utilisateur est abonnĂ©). Tout est fait pour favoriser la dĂ©pense sur la plateforme »)[336].
En 2025, les députés dénoncent l'immobilisme de TikTok et un traitement opportuniste de contenus problématiques (suspensions généralement temporaires de comptes masculinistes), ainsi qu'une tolérance du sexisme[336].
DerriĂšre l'image d'une plateforme «âŻsĂ»reâŻÂ», TikTok privilĂ©gierait ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiquesâŻ: dĂ©veloppement du commerce intĂ©grĂ© (TikTok Shop) et monĂ©tisation massive des diffusions en direct (lives), inspirĂ©es de mĂ©canismes proches des jeux d'argent, poussant Ă la dĂ©pense avec participation possible de mineurs malgrĂ© les rĂšgles affichĂ©es.
La modĂ©ration est largement sousâtraitĂ©e et caractĂ©risĂ©e selon le rapport pra des manquements majeursâŻ: la plateforme ne respecte pas pleinement ses obligations lĂ©gales ni ses propres rĂšgles, et n'a pas d'incitation Ă©conomique Ă retirer des contenus viraux, mĂȘme lorsqu'ils sont problĂ©matiques (
« Il a Ă©galement dĂ©crit une formation d'une semaine Ă peine, sans lien avec TikTok. Cette mission, qui est donc sous-traitĂ©e, est confiĂ©e Ă 509 modĂ©rateurs (selon les chiffres du second semestre 2024) pour les contenus francophones du monde entier, un chiffre dĂ©risoire et en baisse constante depuis qu'ils sont publics : il Ă©tait de 634 six mois plus tĂŽt. Les dirigeants de TikTok ont indiquĂ© Ă notre commission que 80 % du contenu enfreignant leurs conditions gĂ©nĂ©rales sont modĂ©rĂ©s par de l'intelligence artificielle, laissant officiellement 20 %, mais probablement beaucoup moins, au filtre humain. Pourtant, nulle statistique nĂ©cessaire pour prouver l'inefficacitĂ© de ce systĂšme, nous avons nous-mĂȘmes créé de faux comptes mineurs sur l'application, signalĂ© des contenus choquants, la modĂ©ration par intelligence artificielle n'ayant rien fait et l'appel Ă©tant Ă©galement rejetĂ©. Ă la veille de la prĂ©sentation de ce rapport, une vidĂ©o du suicide en direct d'une jeune femme est restĂ©e toute une nuit en ligne, malgrĂ© les signalements. La rĂ©ponse automatique indiquait qu'elle ne contrevenait pas aux rĂšgles d'utilisation[337]. »
La plateforme ne reste pas toujours muette face aux critiques adressées : le compte d'Andrew Tate a été désactivé en 2022[338], et lorsque l'on écrit certains termes pouvant renvoyer à de la masculinité toxique dans la barre de recherche TikTok (quand on recherche « Andrew Tate », par exemple), les résultats s'accompagnent parfois d'un encadré « Be hate aware ». En outre, il convient de prendre en compte la présence de contre-discours sur la plateforme. Par exemple, une vidéo masculiniste virale d'Alex Hitchens a fait à son tour l'objet de vidéos qui tournant en dérision la phrase de l'influenceur, certaines ayant été vues plusieurs millions de fois[339]. Mais selon le rapport français 2025 de l'Assemblée nationale
HarcĂšlement et agressions
Plusieurs utilisateurs dénoncent des problÚmes de harcÚlement[340],[341], ainsi que des agressions racistes et antisémites[342].
En , TikTok retire l'accÚs des utilisateurs de moins de 16 ans à la messagerie privée de l'application, à la suite de controverses sur le cyberharcÚlement des mineurs et la pédophilie. Cette mesure est toutefois critiquée comme étant facile à contourner[343].
En , des utilisatrices francophones du rĂ©seau lancent le hashtag #balancetontiktokeur, dĂ©nonçant le harcĂšlement sexuel dont elles avaient Ă©tĂ© victimes[134]. Face Ă l'inaction de la plateforme, la secrĂ©taire d'Ătat française chargĂ©e de l'Ă©galitĂ© femmes-hommes MarlĂšne Schiappa contacte ses dirigeants pour la France pour leur demander de prendre des mesures contre les harceleurs. Elle affirme qu'ils n'ont rien fait face Ă des milliers de tĂ©moignages, et qu'elle leur a demandĂ© de bannir les personnes mises en cause de maniĂšre prĂ©ventive, comme l'a fait la plateforme de streaming Twitch, ainsi que de mettre les victimes en contact avec la justice ou des associations. Dans les mĂ©dias, les responsables de TikTok rĂ©pondent en affirmant qu'ils suspendent les utilisateurs qui enfreignent les rĂšgles, contrairement aux autres plateformes[344].
Le , l'utilisateur Barbe Multicolore, connu pour ses vidéos de maquillage masculin, se fait bannir pour sept jours de la plate-forme sous le motif « nudité et activité sexuelle d'adulte », alors que son contenu ne présentait aucune nudité. Il affirme ne pas comprendre la raison d'une telle mesure, d'autant qu'aucun des commentaires violents qu'il recevait n'a fait l'objet d'une modération. Le réseau social n'a donné aucune explication quant au bannissement ainsi qu'à l'absence de modération[345].
En dĂ©cembre 2021, une ancienne modĂ©ratrice ayant travaillĂ© pour une sociĂ©tĂ© tierce chargĂ©e par TikTok de gĂ©rer la modĂ©ration a portĂ© plainte contre cette derniĂšre, dĂ©nonçant des conditions de travail exĂ©crables, obligeant les employĂ©s Ă visionner des contenus extrĂȘmement violents 12 heures par jour. Elle ajoute Ă©galement avoir dĂ©veloppĂ© de nombreux troubles tels que des crises de panique, une dĂ©pression, de l'anxiĂ©tĂ© et un stress post-traumatique. Elle dĂ©nonce Ă©galement l'absence de prise en charge psychologique des Ă©quipes de modĂ©ration. La sociĂ©tĂ© mĂšre a rĂ©agi en affirmant que « [son] Ă©quipe de sĂ©curitĂ© s'associe Ă des entreprises tierces pour le travail essentiel de protection de la plateforme et de la communautĂ© TikTok, et [elles continuent] Ă dĂ©velopper une gamme de services de bien-ĂȘtre afin que les modĂ©rateurs se sentent soutenus mentalement et Ă©motionnellement »[346],[347],[348].
En 2022, une tiktokeuse (JellyBean) est ciblée par une campagne de cyberharcÚlement menée sur TikTok[349],[350].
En 2023, TikTok introduit des contrÎles parentaux améliorés permettant de filtrer les contenus inappropriés[351].
Selon la société finlandaise de méthodologies CheckFirst et selon le service de vérification des faits Faktabaari, lors des élections européennes de 2024, l'algorithme de TikTok a favorisé un langage sexiste et systématiquement critique envers les femmes politiques, certains hommes politiques, les juifs et la communauté LGBT, ce qui a pu créer des biais dans la façon dont le public exposé à TikTok a ensuite voté, et qui propage et exacerbe les discours de haine[352].
Violence et cruauté envers les animaux
En 2025, JenniferâŻElbaz, chargĂ©e de mission Ă©ducation au numĂ©rique Ă la Commission nationale de lâinformatique et des libertĂ©s (CNIL), alerte sur le fait que lors de sensibilisations faites auprĂšs de milliers de mineurs en France, il a Ă©tĂ© constatĂ© que « tous les enfants racontaient avoir vu sur TikTok la vidĂ©o dâun chat passĂ© au mixeur », sans en avoir parlĂ© auparavant, dĂ©couvrant collectivement quâils avaient Ă©tĂ© exposĂ©s au mĂȘme contenu choquant[353], parmi d'autres vidĂ©os prĂ©judiciables[354] (souvent non Ă©liminĂ©es rapidement par la modĂ©ration automatisĂ©e de la plateforme, et massivement diffusĂ©es par lâalgorithme, et visionnĂ©es par des enfants sans mĂ©diation adulte), relevĂ©es par la commission dâenquĂȘte parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs[353]. De tels contenus peuvent provoquer un choc Ă©motionnel durable, favoriser la dĂ©sensibilisation Ă la violence et dĂ©clencher des troubles anxieux ou des cauchemars chez les jeunes[353]. De nombreuses vidĂ©os Ă©mouvantes d'animaux manipulĂ©s par des humains montrent en rĂ©alitĂ© des animaux issus du braconnage et du trafic d'animaux[353].
ProblÚmes liés à la version TikTok Lite
La version TikTok Lite, trÚs employée dans les pays du Sud, fait l'objet en juillet 2024 d'un rapport de la fondation Mozilla qui en dénonce les insuffisances en matiÚre de sécurité basique, notamment de protection contre les contenus choquants, violents, dangereux ou contenant de la désinformation. Sont également pointées l'impossibilité de filtrer les commentaires, de bloquer les vidéos inappropriées à un jeune public ou de mesurer le temps d'écran[355].
En août 2024, TikTok annonce le retrait définitif dans l'Union européenne du programme qui récompense les utilisateurs pour le temps passé sur TikTok Lite, à l'issue de tractations entre la plateforme et la Commission européenne[356],[357].
Marketing d'influence
Une analyse rĂ©cente (2023) a portĂ© sur les facteurs (originalitĂ©, qualitĂ©, quantitĂ© et humour de l'influenceur) qui augmentent lâexpĂ©rience hĂ©donique des followers de cet influenceur, et son leadership dâopinion (perçu), ainsi que sur la maniĂšre dont ces facteurs influencent sur leur public a conclu que l'« originalitĂ© et le leadership dâopinion jouent un rĂŽle important et que, en raison d'une spĂ©cificitĂ© de TikTok, lâhumour y augmente lâefficacitĂ© des messages (supposĂ©ment via l'expĂ©rience hĂ©donique des spectateurs des vidĂ©os) »[358].
Interférences électorales
TikTok, parce que prisĂ©e par les jeunes gĂ©nĂ©rations, est devenu un levier pour certaines campagnes Ă©lectorales, par exemple utilisĂ© en France par des figures politiques telles que Jordan Bardella, ainsi devenu en 2024 la troisiĂšme personnalitĂ© politique française la plus suivie sur TikTok, aprĂšs Emmanuel Macron (4,5 millions d'abonnĂ©s) et Jean-Luc MĂ©lenchon (2,4 millions) qui veulent influencer les votes en leur faveur, en profiant de la viralitĂ© du rĂ©seau pour artificiellement renforcer leur notoriĂ©tĂ©, notamment auprĂšs des primo-votants[359]. Ce phĂ©nomĂšne, observĂ© Ă©galement en Roumanie, en Argentine ou aux Ătats-Unis, repose sur une communication Ă©motionnelle, visuelle et instantanĂ©e, souvent fondĂ©e sur des formats courts, des mĂšmes et des codes culturels popularisĂ©s dans et par les rĂ©seaux sociaux. Bien quâaucune Ă©tude ne dĂ©montre une corrĂ©lation directe entre succĂšs numĂ©rique et rĂ©sultats Ă©lectoraux, la politisation des contenus sur TikTok influence lâagenda mĂ©diatique et contribue Ă la construction dâun capital politique personnel, parfois au dĂ©triment de la complexitĂ© des enjeux dĂ©mocratiques[359].
Roumanie
Le 24 novembre 2024, au premier tour de l'Ă©lection prĂ©sidentielle en Roumanie, Calin Georgescu, candidat peu connu, arrive en tĂȘte, favori pour le second tour. Les autoritĂ©s roumaines soupçonnent une campagne de soutien illicite organisĂ©e en sa faveur, notamment sur TikTok[360],[361]. Ă la suite de la publication de renseignements dĂ©classifiĂ©s[362], la Cour constitutionnelle annule le scrutin le 6 dĂ©cembre[363]. Le 17 dĂ©cembre 2024, saisie par l'autoritĂ© roumaine de rĂ©gulation (ANCOM[364]), en application du rĂšglement sur les services numĂ©riques (DSA), la Commission europĂ©enne annonce l'ouverture d'une enquĂȘte sur les dysfonctionnements de la filiale ByteDance soupçonnĂ©e d'avoir manquĂ© Ă ses obligations de rĂ©gulation[365].
Allemagne
Mi 2024, le mĂ©dia Wired cite une Ă©tude (audit de TikTok)[366] menĂ©e par AI Forensics et Interface, qui a conclu que TikTok a poussĂ© les jeunes allemands Ă voter pour l'extrĂȘme droite, en leur diffusant de maniĂšre privilĂ©giĂ©e des contenus liĂ©s Ă l'extrĂȘme droite allemande (l'AfD), avant les Ă©lections[367].
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu de lâarticle de WikipĂ©dia en anglais intitulĂ© « Tik Tok (app) » (voir la liste des auteurs).
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âThe old guidelines in question are outdated and no longer in use. Today we take localised approaches, including local moderators, local content and moderation policies, local refinement of global policies, and more. We also consult with a number of independent local committees and are working to scale this at a global level, including forming an independent committee of leading industry organisations and experts to continually assess these policies.
âWe also understand the need to be more transparent in communicating the policies that we develop and enforce to maintain a safe and positive app environment. Users gravitate to TikTok because it provides an app experience that fosters their creativity, and we are committed to supporting that across our teams, product, policies, and the way in which we openly communicate with our community.â - â (en-US) Drew Harwell et Tony Romm, « Inside TikTok: A culture clash where U.S. views about censorship often were overridden by the Chinese bosses », The Washington Post,â (lire en ligne [archive du ], consultĂ© le ).
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Voir aussi
Bibliographie
- AmĂ©lie ĂbonguĂ©, GĂ©nĂ©ration TikTok : Un Nouvel Eldorado pour les Marques, Ă©ditions Dunod (Hachette), 2021.
- Océane Herrero, Le systÚme TikTok, comment la plateforme chinoise modÚle nos vies, éditions du Rocher, 2023.
Articles connexes
Liens externes
- Site officiel
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- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
